Grec. Turon., Hist.^ !. m, c
rangs des Biirgondes. On sait quel fut le sort de ses enfants ; comment ses frères Ghildebert et Glotaire, s' armant d'une parole échappée à leur mère Clotilde, qui avait dit qu'elle aimerait mieux voir ses petits-fils morts que tondus\ massacrèrent les deux aînés, et comment le troisième n'échappa à leur couteau que pour subir la tonsure religieuse et porter, sous le nom de saint Gloud, l'un des nom^ monastiques les plus connus de notre histoire.
^ 1. Il est probable qu'il ne s'agissait pas ici de la tonsure monastique, mais du retranchement de cette longue chevelure qui était, chez les Francs comme chez les paysans bas-bretons d'aujourd'hui, le signe de la liberté, et chez les Mérovingiens un attribut particulier de cette dynastie et de leur droit héréditaire. Solemne est Francorum reyibus nunquam tonderi... Cxsaries totadecenter eis inhumeros propendet. Agathie Histor., ap. TinEî{^\, Récits méroving., 1. 11, p. 17. « Un prince mérovingien pouvait subir de deux façons cette déchéance temporaire : ou ses cheveux étaient coupés à la manière des P'rancs, c'est-à-dire à la hauteur du col, ou bien on le tondait très court à la mode romaine, et ce genre de dégradation, plus humiliant que l'autre, était ordinairement accompagné delà tonsure ecclésiastique. » Ibid. — Du reste, les rois et les grandsde l'ère mérovingienne apprirent de bonne heure et pratiquèrent souvent l'odieux usage d'imposer des vocations forcées aux princes dépossédés, en les faisant tondre malgré eux. L'histoire de Mérovée, fils de Chilpéric, et mari de Brunehaut, dégradé par la tonsure sur l'ordre de Frédégonde, est connue de'tout le monde. Un autre exemple, encore plus frappant, est celui de Thierry 111, roi de INeustrie, déposé en 670 par les grands , révoltés contre la tyrannie d'Ébroïn, et remplacé par son frère Childéric II. Son frère lui demandant ce qu'on doit faire de lui, il répond : « Ce qu'on voudra: injustement déposé, j'attends le jugement du Roi du ciel... » Anon. ,Eduen. Vit. S. Leodegarii, C.3.
Ces féroces assassins n'en suivirent pas moins à leur tour l'ascendant des leçons et des exemples donnés par les moines. Gliildebert surtout aurait été le roi monastique par excellence, s'il fallait en croire toutes les légendes qui ont probablement^ concentré sur lui diverses anecdotes relatives à d'autres princes du même nom ou de la même race. Quelques-unes méritent d'être rappelées, par leur caractère particulièrement authentique ou par la lumière qu'elles projettent sur l'histoire contemporaine. On aime à voir le premier roi de Paris, en traversant le Berry pour aller combattre les Visigoths, s'arrêter à la porte de la cellule occupée par le moine Eusice et lui offrir cinquante pièces d'or. (( Pourquoi faire? » lui dit le vieux reclus; ce douce nez-les aux pauvres ; il me suffit de pouvoir prier (( Dieu pour mes péchés. Toutefois, marchez en (( avant, vous serez vainqueur, et puis vous ferez (( ce que vous voudrez. » Ghildebert inclina sa tête chevelue sous la main du solitaire pour recevoir sa bénédiction et lui promit que, si sa prédiction se vérifiait, il reviendrait lui bâtir une église. La prédiction s'accomplit et la promesse du roi fut tenue. Après qu'il eut défait les Yisigoths et pris Narbonne leur capitale, il fit construire', sur les bords du
1. A Selles en Berry, près Romorantin. Giu:<,. Turon., Z>e Glor. Confess., c. 82. — Crinigeram cervicem Sancti manibiis... inclinai.
Cher, un monastère et une église qui servit de sépulture au solitaire. Cette donation s'accrut de celle que fit le noble Vulfin, un des principaux Francs de l'aj^iiée, et qui, dans la distribution des récompenses que fît Childebert au retour de sa campagne, ayant demandé et obtenu un domaine royal, ou ce qu'on appelait déjà un honneur, sur les bords mêmes de cette rivière du Cher, courut en faire hommage au saint moine dont la renommée l'avait séduit ^ .
Cet Eusice ou Eusitius devait être, d'après son nom , d'origine romaine ou gallo-romaine, comme tous les autres religieux que nous avons signalés jusqu'ici. Mais Childebert eut des relations du même ordre avec un autre religieux dont le nom, Marculphe, indique une origine franque et qui est le premier de tous les saints moines dont le nom porte cette empreinte-. Il était d'aillem^s issu d'une race
Dom BouQUF/r, UI, 129. — Eusice avait commencé par être moine à Perrecy, en Bourgogne {Patriciacum), qui fut plus tard un des prieurés les plus célèbres de l'Ordre bénédictin. — La magnifique église abbatiale de Selles-sur-Cher fut pillée de fond en comble, en 1562, par Coligny, qui fit abattre la voûte et la nef.