Vit. S. Eusicii, ap. Labbe, Nov. Bihl. MSS., II
2. Parmi les saints moines dont lenomindique une origine germanique, je ne vois avant Marculphe ou Marcoul, qui mourut en 558, que Théodoric ou Thierry, mort en 533, disciple de saint Rémi, premier abbé du grand monastère qui a gardé son nom. près de Reims, et dont Guillaume de Saint-Thierry, l'annaliste du xii^ siècle, a tiré le sien.
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riche et puissante établie dans le pays de Baveux, et tout, dans le récit de sa vie, témoigne de l'union contractée chez lui par la fière indépendance du Franc avec la rigoureuse austérité du moine. Il avait consacré la première moitié de sa vie à prêcher la foi aux habitants du Gotentin ; puis on le voit partir, monté sur son ane, pour aller trouver Childebert en un jour de grande fête, au milieu de ses leudes, et lui demander un domaine à l'effet d'y construire un monastère où l'on prierait pour le roi et pour la république des Francs. Ce ne fut point à l'adulation habituelle aux Romains du Bas-Empire qu'il eut recours pour se faire écouter : « Paix et (( miséricorde à toi, delà part de Jésus-Christ, » lui dit-il, (( prince illustre : tu es assis sur le trône de (( la majesté royale, mais tu n'oublieras pas que tu « es mortel, et que l'orgueil ne doit pas te faire (( mépriser tes semblables. Rappelle-toi le texte du u Sage : Les hommes font constitué prince; ne (( t' élève pas, mais sois Pun d'yeux au milieu creux. (( Sois juste jusque dans ta clémence, et aie pitié « jusque dans tes justices. » Chilbebert exauça sa demande. Mais à peine eut-il achevé cette première fondation que, pour mieux goûter les attraits de la solitude, Marculphe alla se réfugier dans une île du littoral de la Bretagne, à peine habitée par une poignée de pêcheurs. Une bande nombreuse de
308 LES PREMIERS MÉROVINGIENS ET LES MOINES, pirates saxons étant venue s'abattre sur cette île, les pauvres Bretons accoururent tout épouvantés aux genoux du moine franc. « Ayez bon courage, » leur dit-il, « et si vous m'en croyez, prenez vos («: armes, marchez contre l'ennemi, et le Dieu qui a (( vaincu Pharaon combattra pour vous. » Ils l'écoutèrent, mirent en fuite les Saxons, et une seconde fondation marqua l'emplacement de cette victoire de l'innocence et de la foi, enflammées par le courage d'un moine, sur la piraterie païenne'.
1. Acta SS. 0. S. B., tom. I,p. 220, 124. — CeUe île appelée Agnus ou Ag)ia dans les deux vies de saint Marculphe, est probablement celle de Harnie ou Herms, près de Guernesey. — La translation des reliques de saint Marcoul, auix^ siècle, donna lieu à la fondation du ^rand monastère de Corbéni {Corpus henedicium), entre Laon et Reims, où les rois de France allaient prier après leur sacre«t obtenaient la grâce de guérir les écrouelles, en disant : Le roiteiouche, Dieu le guérisse.
Émigration des moines bretons en Armorique : persistance du paganisme dans cette péninsule : traditions poétiques. — Conversion de lArinorique par les émigrés bretons. — Les bardes chrétiens : Ysulio et Hervé l'aveugle. — Monastères armoricains : Rhuys; Saint-Matthieu du Bout-du-Monde; Landevenec ; Dol ; Samson, abbé de Dol et métropolitain. — Les sept saints de Bretagne, évêques et moines. — Leurs rapports avec Chiidebert.
Ces Saxons qui venaient troubler la solitude du saint homme Marculplie dans son île, avaient depuis, longtemps envahi et saccagé la Grande-Bretagne. Poiu* échapper à leur joug sanglant, une armée de religieux bretons, servant de guide à une population entière d'hommes et de femmes, de libres et d'esclaves, se jetant dans des barques, non de bois, mais de peaux cousues ensemble' , chantant
1 . Quin et Aremoricus piratam Saxona tractus Sperabat ; cui pelle salum sulcare Britannum Ludus, et assuto glaucum mare lindere lembo.
SiD. Ai'OLLix., Paneg. ad Avilum, v, 3G9.
Festus Avienus, qui vivait à la lin du iv^ siècle, dans son poème
OU plutôt hurlant, sous leui^s voiles déployées, les lamentations du PsalmisteS était venue chercher mr asile dans l'Armorique et s'y refaire une patrie. Cette émigration dura plus d'un siècle (450-550) et versa toute une population nouvelle, mais de race également celtique, dans la partie de la Gaule que le fisc romain et les invasions barbares avaient le moins maltraitée, et oii le vieux culte celtique avait conservé le plus de vie.
A l'exception de trois ou quatre cités épiscopales, presque toute la péninsule armoricaine était encore païenne au v*^ siècle^. Tous les symboles et
curieux intitulé Ora maritima, parle aussi de ces nacelles en cuir dont usaient les Bretons.
Navigia junctis semper aptant pellibus, Corioque vastum sa^pe percurrunt salum.
Édit. Panckoucke, p. 110.
La légende les a quelquefois transformées en auges de pierres qui, après avoir servi de lits aux saints missionnaires pendant leur vie solitaire dans la Grande-Bretagne, leur servaient encore d'esquifs pour traverser la Manche et débarquer en Armorique. Voir la légende de sainte Ninnoc et celle de saint Budoc, dans le Propre des anciens diocèses de Dol et de Léon, Albert le Grand, Vie des SS. de Bretagne, éd. Miorcec de Kerdanet, 1839.
1. Cum ululatu magno seu celeusmatis vice, hoc modo sub velorum sinibus cantantes : Dedistl nos tanquam oves escarum... Gil- DAS, de Excidio Britannix.
2. La vie de saint Melaine, évêque do Vannes au concile d'Orléans en 511, atteste que longtemps après l'arrivée des premières colonies bretonnes, \epagus de Vannes était encore à peu près païen : ftErant pêne omnes gentiles. » Act. SS. Bolland., die 6 Junii.
les rites, les mythes et les arcanes du paganisme, semblaient s'être concentrés dans cette contrée sauvage et brumeuse où les avenues et les cercles de pierres levées, les dolmens, les menhirs, se dressaient tantôt au milieu d'immenses forêts de chênes et de houx, et des landes couvertes d'impénétrables buissons d'ajoncs, tantôt sur le haut des rochers granitiques de cette côte déchirée et rongée par F Océan qui la bat au nord, au midi, à l'ouest, de ses flots infatigables. Dans une des îles de cette extrémité de la Gaule, les écrivains grecs avaient placé la prison où Saturne était détenu par son fds Jupiter, sous la garde du géant Briarée. Là était, selon la plupart des poètes, la demeure des génies et des héros, le jardin des Hespérides, les champs de l'Elysée. Ailleurs, mais toujours dans les mêmes archipels d'îlots presque inabordables, les druidesses célébraient, la nuit, à la lueur des torches, leurs mystères inaccessibles aux hommes, comme ceux d'Eleusis ou de Samothrace, et remplissaient de terreur l'âme du nautonier qui les apercevait de loin. Les sacrifices humains et surtout l'immolation des enfants s'y pratiquaient , comme chez les Carthaginois, en l'honneur de Saturne'. D'autres prêtresses, vouées comme les vestales romaines à une virginité perpétuelle, et investies comme la