‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 160 sur 274 · LeP. Mainoir, Epistre aïKjlorieux saint Corentln, 1G · texte numérisé non relu

LeP. Mainoir, Epistre aïKjlorieux saint Corentln, 1G

tance. Les moines bretons rencontrèrent snr le sol gaulois des ennemis presque aussi redoutables que ceux dont ils fuyaient la persécution. Le paganisme celtique se défendit avec acharnement. Les bardes cherchaient à enflammer le peuple contre ces étrangers qui venaient audacieusement imposer unenouveHe religion au sanctuaire inviolable dudruidisme. On a souvent cité les menaces prophétiques lancées par un de ces poètes de la vieille religion contre les nouveaux apôtres : ce Un jour viendra « où les hommes du Christ seront poursuivis, où (( on les huera comme des bêtes fauves. Ils mour- (( ront tous par bandes et par bataillons. Alors la « roue du moulin moudra menu : le sang des (( moines lui servira d'eau ^ . »

Treize siècles devaient se passer avant que de nouveaux païens, plus atroces mille fois et plus inexcusables que les compatriotes du barde Gwenchlan, vinssent vérifier cette prophétie. Mais alors elle s'éteignit sous les succès et les bienfaits dont les moines bretons inondaient FArmorique.

Eux aussi apportaient avec eux leur poésie, qui allait désormais prévaloir sur la poésie druidique, en l'épurant sans l'effacer. Eux aussi, fidèles aux traditions immémoriales de la race celtique, comp-

1. Heusart de h\YiLLEm\i\Qm:, Chants jiopulaues de la Bretagne, I, p. 20, 38.

316 LES MOINES EiN ARMORIQUE.

talent des bardes dans leurs rangs. Le fameux Taliésin, qui prenait le titre de prince des bardes, des prophètes et des druides de l'Occident, et qui passe pour avoir été converti par le moine Gildas, les accompagnait en Armorique ' . i\Iais parmi eux on signalait encore des bardes qui depuis ont pris place parmi les saints. Tel fut Sulio, ou Ysulio, qui, encore enfant et jouant dans les jardins de son père, le comte de Powys, entendit des moines qui passaient, la harpe à la main, en chantant les louanges de Dieu, et fut si ravi de la beauté de leurs hymnes, qu'il voulut les sui^TC pour apprendre d'eux à composer et à chanter ces beaux cantiques. Ses frères coururent annoncer sa fuite à leur père, qui envoya trente hommes armés avec orch^e de tuer l'abbé et de lui ramener son fils. Mais l'enfant était déjà parti pour F Armorique et réfugié dans le monastère dont il fut plus tard prieur-.

Tel fut encore saint Hervé, dont le nom mérite de figurer parmi les plus suaves souvenirs de la poésie chrétienne. Il était le fils du barde Hyveriiion, qui avait figuré parmi les nombreux musiciens

1. Ingomar, Vit. Judicaelis, apud. D. Mouice, Hist. de Bretagne, preuves, t. I, — Cf. La Villemaroué, p. 9, et Kerdanet, éditeur d'ALBERT LE Grand, p. 218.

2. DomLobineau, Vie des saints de Bretagne, p. 253; La Villemarqué, op. cit., p. 11.

que les rois mérovingiens aimaient à réunir autour de leur table * . Ce barde insulaire avait charmé le roi Ghildebert, ce tant il étoit, » dit le vieux légendaire breton, « parfait mnsicien et compositeur de ballets et chansons - ». Il était venu en Annorique épouser une jeune orpheline du pays de Léon, qu'un ange lui avait montrée en songe, en lui disant : (( Vous la rencontrerez demain, sur votre cliemin, c( près de la fontaine. Elle s'appelle Rivanonn ». U la rencontra en effet; elle était de la même profession que lui, elle chantait: « Quoique je ne sois « qu'une pauvre fleur du bord de Peau, c'est moi (( qu'on nomme la Petite Reine de la Fontaine » . Il l'épousa, et de ce mariage naquit un enfant aveugle, que ses parents avaient nommé Hervé, c'est-à-dire amer, et qui dès l'âge de sept ans parcourait le pays et demandait l'aumône en chantant des cantiques composés par sa mère. Plus tard l'orphelin aveugle, initié par son oncle à la vie cénobitique, fut placé à la tête de l'école qui joignait son monastère ; il put y mettre en pratique l'aphorisme que la tradition bretonne lui attribue : « Mieux vaut instruire le petit

1. L'UalienFortunat nous a conservé le souvenir de ces concerts où, la lyre à la main, il faisait sa partie, tandis que « le Barbare, dit-il, jouait de la harpe, le Grec de l'instrument d'Homère, et le Breton de la rote celtique ». L\ Villemarqué, Légende celtique p. 232.

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