Albert le OrviNd, Vie des saints de Bretagne, p
enfant que de lui amasser des richesses ' » ; et il y apprenait à ses élèves des chants dont la mémoire du Breton moderne a gardé la trace dans cette version trop rajeunie :
(( Approchez, mes petits enfants ; venez entendre mie chanson nouvelle que j'ai composée exprès pour vous ; mettez votre peine afin de la retenir entièrement.
(( Quand vous vous éveillez dans votre lit, offrez A otre cœur au bon Dieu, faites le signe de la croix, et dites avec foi, espérance et amour :
« Dites : mon Dieu, je vous donne mon cœur, mon corps et mon âme ; faites que je sois un honnête homme, ou que je meure avant le temps.
« Quand vous voyez voler un corbeau, pensez que le démon est aussi noir, aussi méchant; quand vous voyez une petite colombe blanche voler, pensez que votre ange est aussi doux et aussi blanc. »
Après la conversion du pays, les évêques missionnaires, compatriotes du père d'Hervé, voulurent le tirer de la retraite pour lui conférer le sacerdoce, et rappelèrent à siéger dans leurs synodes. Mais Hervé préféra toujours son petit monastère, caché dans le bois. Quoique aveugle, il avait été lui-même l'architecte de sa petite église, et avait confié le soin
1. Un autre de ses aphorismes est ceJui-ci ; Qui désobéit au gouvernail, à recueil obéira.
de rontretenir à une toute jeune fille, sa nièce ou sa cousine, élevée par sa mère et nommé Christine, (( chrétienne aussi de nom et de fait \ » et que la légende bretonne, en la plaçant au milieu des disciples du saint, compare à une petite colombe blanche parmi les corbeaux". Trois jours avant sa mort, enfermé dans cette église qu'il avait bâtie, il fut ravi en extase : les yeux du pauvre aveugle s'ouvrirent pour contempler le ciel ouvert sur sa tête, et il se mit à chanter un dernier cantique que Ton répète encore dans son pays :
« Je vois le ciel ouvert ; le ciel, ma patrie, je veux « m'y envoler... J'y vois mon père et ma mère « dans la gloire et la beauté; je vois mes frères, (( les hommes démon pays. Des chœurs d'anges, (( portés sur leurs ailes, volant autour de leurs « têtes, connue autant d'abeilles dans un champ de « fleurs » .
Le troisième jour après cette vision, il dit à Christine de lui faire son lit, non pas comme d'habitude, mais avec une pierre pour oreiller et de" la cendre pour couchette. « Quand l'ange noir viendra me « chercher, qu'il me trouve couché sur la cendre. » Christine, tout en lui obéissant, lui dit : « Mon oncle, « si vous m'aimez, demandez à Dieu que je vous