BOLLAND., loC. cit., p
réta cr abord à Tours, auprès du tombeau de saint Martin, où affluaient alors les pèlerins et les mallieureux de toute la chrétienté, et où elle vit peutêtre son illustre belle-mère Glotilde, qui était venues attendre la mort auprès du saint tombeau'. Elle s'établit ensuite dans le domaine de Saix, en Poitou, que son mari lui avait concédé, et là, vivant au vraie recluse, cette jeune reine, à peine âgée de vingt-quatre ans, se mit à pratiquer les plus rigoureures austérités, mais surtout à se prodiguer aux pauvres et aux malades et à leur rendre les services les plus rebutants. Après avoir baigné elle-même les lépreuses, elle baisait leurs plaies dégoûtantes : (( Très sainte dame » , lui dit un jour une de ses suivantes, (( qui voudra vous embrasser, si vous em- « brassez ainsi ces lépreux ? — Eh bien y) , réponditelle en souriant, « si tu ne m'embrasses plus jamais, « j'en suis déjà consolée"- ».
Cependant le bruit se répand que Glotaire, dont l'amour s'était rallumé par l'absence, est eu route pour venir la reprendrc\ Aussitôt, comme pour protester contre tout projet de ce genre, elle s'en-
1. Mabillon fixe sa mort en 544. Les BoUandistes (die 3 Junii) ne précisent aucune date.
2. Sanctissima domina, quis te osculabitur, quae sicleprososcomplecteris?... Vere, si me non osculeris, hinc mihi non cura est. — BOLLA^D., p. 71.
3. Fit sonus quasi rex eam iterum vellet accipere. Ibid.. p. 7G.
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veloppe d'un cilice des plus Apres qu'elle adapte à ses membres délicats, redouble ses jeûnes et ses veilles, envoie ce qui lui restait d'or et de pierres précieuses à un saint reclus de Gbinon, en lui demandant de prier aA^ec ardeur pour qu'elle ne retournât pas dans le monde. «J'aime mieux mourir, » lai fit-elle dire par une vieille suivante, « oui, mouce rir , plutôt que d'être de nouveau livrée à ce roi d'i- (( ci-bas, après avoir déjà joui des embrassements du (( Roi des cieux. » Le solitaire lui promet qu'elle sera exaucée ^ Alors, rassurée, elle se réfugie près du tombeau de saint Hilaire, à Poitiers, et Glotaire, retenu et dominé encore une fois par une craint(^ religieuse, lui accorde la permission de construire à Poitiers même un monastère et de s'y enfermer. Quand l'édifice claustral est achevé, elle y entre triomphalement, au milieu de la joie populaire et en fendant les flots des spectateurs qui, après avoir inondé les places et les rues, couvrent encore les tohsdes maisons d'où ils pouvaient la voir passer - . Mais bientôt de nouvelles alarmes vinrent F y assaillir. Elle apprit que, sous prétexte de dévotion, Glotaire était arrivé à Tours, et qu'il se disposait à venir jusqu'à Poitiers, pour y chercher celle qu'il appelait sa chère reine. Le saint évêque
t. BOLLAND., p. 76.
2, Ibid., p. 72.
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Médard no pouvait plus user de sou ascendant pour la défendre : il venait de mourir. Mais l'illustre évêque de Paris, Germain, vivait encore : c'est à lui qu'elle écrivit, en le conjurant de faire respecter son vœu. L'évêque alla trouver le roi devant le tombeau de saint Martin, et le supplia à genoux, en pleurant, de ne pas aller à Poitiers. Glotaire reconnut bien la voix de Radegonde à travers les paroles de Germain, mais il reconnut en même temps qu'il ne méritait pas d'avoir pour reine une femme qui avait toujours préféré la volonté de Dieu à la sienne. 11 s'agenouilla à sou toiu* devant l'évêque et le pria d'aller demander pardon à la sainte de tout ce que de mauvais conseils lui avaieni fait entreprendre contre elle. Et désormais il la laissa en paix'.
Radegonde s occupa alors de constituer sur une base solide la retraite claustrale où elle devait passer les quarante dernières années de sa vie. EM(^ créa tout auprès de sou couvent un collège de moines destinés à le desservir - ; ces deux établissements ainsi rapprochés donnèrent en Gaule k^