Vita S. Launom., ap. Act. SS. O. S. B., t, I, p
(( est un argent mal gagné, qui ne peut servir ni à (( prolonger sa vie ni à changer la sentence de (( Dieu contre ses péchés. Dieu ne veut pas des sa- (( crifices nés de la rapine. Que votre maître se hâte (( de restituer ce qu'il a pris, car il mourra du mal (( qui le tient. Quant à nous, par la bonté du Christ, « nous sommes assez riches, et, tant que notre foi (( ne faiblira pas, il ne nous manquera rien\ »
Et cependant, malgré cette réserve, il ne manquait pas dès lors de gens à qui ces générosités inspiraient un mécontentement jaloux. Même en Armorique, où la dévotion envers les moines semblait naître en quelque sorte du sol avec la foi dont les moines y furent les premiers apôtres, on voyait des chefs du rang le plus élevé céder à ce sentiment et Pexprimer hautement. Le Breton Malo, qui avait consacré les nombreuses donations qu'il avait reçues à doter un monastère de soixante-dix reUgieux attachés à son église épiscopale, se vit forcé de quitter son diocèse et d'émigrer une seconde fois devant les rumeurs de tous ceux qui le dénonçaient comme un envahisseur, disposé à capter toute la province et à ne laisser aucun héritage aux habitants ou à leurs descendants.
Souvent aussi, c'étaient des importuns ou des
1. Pecunia ista, o homoî itiiqua est... Nuntia domino luo, ut injuste sublata restiluet... VUa S. Launom., p. 320, 325.
recrues d'un autre genre qui venaient troubler leur solitude. L'état de la Gaule n'était que trop propre à encourager la formation et la durée de ces habitudes de brigandage qui se sont perpétuées à travers tous les progrès de la civilisation dans beaucoup de pays modernes, et que l'on retrouve encore de nos jours en Espagne et en Italie. Quelques-uns se contentaient de voler les outils du solitaire qui n'avait pas d'autres richesses, ou de lui dérober l'unique vache qu'il avait amenée à sa suite ; mais le plus souvent c'était à la vie même de l'intrus quVn voulaient les bandits. Les forêts servaient naturellement de repaire à ces bandes de brigands dont le vol était la seule ressource, et qui ne reculaient jamais devant l'assassinat pour mieux dépouiller leurs victimes. Ils ne pouvaient voir qu'avec déplaisir les moines leur disputer la possession de leur domaine jusqu'alors incontesté, y pénétrer plus avant qu'eux-mêmes et de façon à dérouter parfois leur avidité, en les engageant à leur suite dans d'inextricables détours'. Ils étaient d'ailleurs toujours tentés de croire que ces hôtes étranges venaient y enfouir ou peut-être y chercher quelque trésor. L'abbé Launomar dont la légende résume la phipart des incidents de la vie forestière des fon-