‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 208 sur 274 · TiT. Liv., 1. XLiii, c · texte numérisé non relu

TiT. Liv., 1. XLiii, c

Qu'on me permette de citer ici une belle page trop peu remarquée, du comte de Maistre :

« A l'égard de la mythologie, entendons-nous encore. Sans doute toute religion j-jows^e une mythologie; mais n'oubliez pas, très-cher comte, ce que j'ajoute immédiatement, que celle de la religion chrétienne est toujours chaste, toujours utile et souvent sublime, sRnfi

L'Église ne saurait , du reste , répondre des erl'ours ou des mensonges qui se sont glissés dans quelques légendes. Elle n'oblige de croire à aucun des prodiges, même les mieux avérés, dont on y trouve le récit. Mais lorsque de pareils faits sont rapportés par des auteurs graves et surtout contem- [)orains, l'Église, qui est elle-même fondée sur les miracles, fait profession de les reconnaître et de les recommander à l'admiration des chrétiens , comme une preuve de la fidélité des promesses de Celui qui a dit de lui-même « qu'il était admirable en ses (.(. saints » , et ailleurs : « Qui ci*oit en moi fera aussi

que, par un privilège particulier, il soit jamais possible de la confondre avec la religion même... Écoutez, je vousprie, un exemple, il est tiré de je ne sais quel livre ascétique dont le nom m'a échappé :

« Un saint, dont le nom m'échappe de même, eut une vision pendant laquelle il vit Satan debout devantle trône de Dieu, et, ayant prêté l'oreille, il entendit l'esprit malin qui disait : « Pourquoi m'as- « tu damné, moi qui ne t'ai offensé qu'une fois, tandis que tu sauves «■ des milliers d'hommes qui t'ont offensé tant de fois? » Dieu lui répondit : « M'as-tu demandé pardon une fois? »

« Voilà la m^ythologie chrétienne ! C'est la vérité dramatique, qui a .sa valeur et son effet indépendamment même de la vérité littérale et qui n'y gagnerait même rien. Que le sâint ait ou n'ait pas entendu le mot sublime que je viens de citer, qu'importe? Le grand point est de savoir que le pardon n'est refusé qu'à celui qui ne Va pas demandé. Saint Augustin a dit d'une manière non moins sublime : Bleu te fait-il peur? cache-toi dans ses bras! {Vis fugere a Deo? fuge ad Deuni.) Pour vous, mon cher comte, c'est peut-être aussi bien; mais pour la foule, il s'en faut de beaucoup. Je dis peut-être, car soit dit entre nous, tout le monde est peuple sur ce point, et je ne connais personne que l'instruction dramatique ne frappe plus que les plus belles morales de métaphysique. » Lettres, t. I, p. 235.

(( des prodiges et plus grands que les miens, ma-

(( jora honim faciet » .

Il est donc juste et naturel d'enregistrer ces pieuses traditions, sans prétendre assigner le degré de certitude qui leur appartient, mais sans prétendre non plus poser des limites à romnipotence de Dieu. Elles ne troubleront point ceux qui savent quels sont les besoins légitimes des peuples habitués à vivre surtout par la foi, et quelles sont les richesses de la miséricorde divine envers les cœurs simples et fidèles. Échos touchants et sincères de la foi de nos pères, elles ont nourri, charmé, consolé vingt générations de chrétiens énergiques et fervents pendant les époques les plus fécondes et les plus brillantes de la société cathohque. Authentique ou non, il n'y en a pas une qui ne fasse honneur et profit à la nature humaine et qui ne constate une victoire de la faiblesse sur la force et du bien sur le mal.

11 est d'ailleurs certain que le miracle semblait à nos pères, aux Gallo-Francs dont nous avons l'honneur de descendre, une des conditions les plus ordinaires et les plus simples de l'action de Dieu sur le monde'. Les prodiges que nous avons rapportés étaient regardés par eux comme le résultat naturel de l'innocence restituée par le sacrifice. Aux yeux

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