‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 213 sur 274 · Mabillon, Act. SS. O. S. li., t. f, p · texte numérisé non relu

Mabillon, Act. SS. O. S. li., t. f, p

vol circulaire et ralenti, l' enceinte future du monastère : après la construction de la fameuse abbaye, qui prit le nom de Saint-Thierry, cet aigle miraculeux apparaissait tous les ans au même lieu'.

Dans le siècle suivant, comme saint Nivard, archevêque de Reims, visitait son diocèse à pied, étant arrivé sur la belle côte qui domine le cours de la Marne en face u'i^pernay, et se trouvant fatigué, il s'endormit sur les genoux de son compagnon Berchaire et à l'ombre d'un grand hêtre; pendant son sommeil, il vit une colombe descendre du ciel sur cet arbre , puis marquei^ trois fois le même circuit par son vol et remonter au ciel. Berchaire, qui ne dormait point, eut la même vision. Ils conviiu'ent d'y bâtir une abbaye, qui s'appela Haut vil! ers; Berchaire en fut le premier abbé, et le maître-autel s'éleva sur le lieu même de l'arbre où la colombe avait posé ^, comme un doux symbole de la tranquille innocence qui allait y régnera

1. AcT. SS. 0. S. n., Scvc. /, t. I, p. 597. Cf. Flodoard, Ilist. Rcmens., I, 24. Balgier, Mémoires liist. de Champagne, t. I, p. 32.

2. AcT. SS. O.S. B.,5a?r. //,t. il,p. 802. Baugier. p. 48. — On rapporte des traits analogues sur la fondation de Montfaucon et d'Avenay dansle même canton. Ce Berchaire est le iiiêine moine de Luxeuil qui fonda ensuite Montier-en-Der, au midi de la Champagne.

3. Cinq sirclesplus tard on retrouve la même légemfe dans la vie de saint Gaucher, prieur d'Aureil, en Limousin. Lorsque ce jeune Normand eut résolu de se cacher au fond des forêts de l'Aquitaine,

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IMais il y a encore, entre le moine et la nature animée, tout un autre ordre de relations qui remplit les annales de ces premiers siècles. Innombrables sont les légendes qui nous montrent les bêtes fauves obéissant à la voix des moines, réduites à une sorte de domesticité par les hommes de Dieu, obligées de les servir et de les suivre. Nous aurons à dire, d'après les récits contemporains, comment Tillustre fondateur de Luxeuil, saint Golomban, en traversant les forêts des Vosges méridionales, voyait les écureuils descendre des arbres poiu^ se poser sur ses mains et se cacher dans les plis de sa coule ; comment aussi il se faisait obéir par les ours; comment enfin il traversait impunément les bandes de loups qui frôlaient ses vêtements sans oser le toucher ' .

Nous retrou^ erons tout cela sur les rivages de TArmorique, comme aux bords du Daiuibe. Ici c'est Corbinien, le moine franc qui fonda Févêché de Freysingen et qui , en franchissant les monts du Tyrol pour aller à Rome, force Fours qui avait tué

une co^.ombe venait sans ces«e se poser sur sa tête et ses épaules, tantôt en le frappant à coups de b.^c, tantôt en détachant des pailles du chaume qui recouvrait sa cellule, comme pour l'avertir qu'il ne devait pas y rester, mais transporter sa demeure dans un site un peu plus éloigné, dont la colombe indiquait remi)lacementavec les fétus arrachés au toit du solitaire. Labbe, Biblioth. nova MSS., 1657, t. II, p. 562. Note fournie par M. Arbellot, curé de Rochechouart. 1, JoNvs. Vita S. Columhani, c. 15, 27, 30.

un de ses chevaux de bât à prendre sur son dos la charge de la victime et à le suivre ainsi jusqu'à- Rome\ Là c'est Samson, le métropolitain de Dol, qui, voyant ses religieux importunés par les cris des oiseaux sauvages, réunit tous ces volatiles, une nuit, dans une cour du monastère, où il leur impose silence, et le lendemain, les congédie en leur interdisant de recommencer, « ce qu'ils observèrent inviolablement- ». C'est Renan, l'anachorète de la Cornouailles, qui ordonne à un loup de lâcher la brebis d'an pauvre paysan, qu'il emportait dans la forêt, et qui est obéi sur l'heure. C'est encore Hervé, l'aveugle et le patron des chanteurs populaires de l'Armorique, dont le chien avait été dévoré par un loup, mais qui contraint ce loup à remplacer docilement auprès de lui son chien et à l'accompagner, en laisse, dans ses pérégrinations ^ .

1. AuiBO, rUa S. Corbin., cil, ap. Act. SS. 0. S. B., t. III. — On raconte un trait à peu près semblable de saint Martin, abbé de Vertou en Bretagne, pendant son pèlerinage à Rome. Act. SS. G. S. B., t. I, p. 362.

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