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Vita S. Ebrulfi, cil

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s'explique l'accroissement rapide de la population rurale dans le rayon des établissements monastiques, comme aussi l'immensité des travaux de défrichement que les cénobites purent entreprendre, et dont les résultats subsistent et nous étonnent encore.

Les plus riches cantons de la France actuelle remontent à cette origine : témoin, entre mille autres lieux, cette portion de la Brie entre Meaux et Jouarre, autrefois couverte par une vaste forêt qui eut pour premier habitant le moine irlandais Fiacre, dont le nom est resté populaire, et que nos jardiniers honorent encore comme leur patron, sans savoir probablement le premier mot de son histoire. Il avait obtenu de Févêque de Meaux, dont cette forêt relevait, la permission d'aiTaclier le bois qui couvrait l'espace de terrain qu'il pourrait entourer d'un fossé en une journée de travail, afin d'en faire un jardin et d'y cultiver des légumes pour les pauvres voyageurs. Longtemps après, les paysans des environs montraient ce fossé dix fois plus long qu'on ne s'y attendait, et racontaient comment l'Irlandais avait pris son bâton et s'en était servi pour tracer une ligne sur le sol, qui se creusa de luimême sous la pointe du bâton, pendant que les grands arbres de la forêt tombaient à droite et à gauche, comme pour lui éviter la peine de les

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abattre ' . Ainsi se traduisait la profonde impression produite sur l'esprit du peuple par les rudes labeurs des pionniers monastiques.

On attribue le même trait à saint Goëznou, émigré breton et é\eque de Léon, qui, ayant reçu d'un comte du pays la donation a d'autant de terre, pour bastir un monastère, qu'il en pourroit clore de fossés en nu jour, prit une fourche et, latraisnant parterre, marcha environ deux heures de Bretagne enquarré ; et à mesm^eqri'iltraisnoitce baston fourché, la terre se levoit de part et d'autre, et formoit un gros fossé , qui servoit pour séparer les terres données de celles de son fondateur, lequel enclos a toujours été tenu en telle révérence, qu'autrefois il servoit d'asile et de lieu de refuge aux malfaitem^s". ))

A côté de ces légendes nées de F imagination populaii-e et de la mémoire reconnaissante des générations anciennes, on aime à invoquer des témoignages plus certains en suivant sur nos cadres modernes la trace des défrichements monastiques à travers les forêts de Fancienne France, et en y relevant une foule de localités dont les noms seuls indiquent des cantons de bois évidem-

1, Fossata vero usque in hodienuim diein ab incolis deinonsliantur. Mabillo.x. Act. SS. 0. S. B., t. II, p. 573.

2. Albert Lii Grand, p. 660, d'après le Propre et l'ancien Biéviaire de Léon.

ment transformés en champs ou en prés par les

moines \

Est-ce le récit authentique d'un incident réel qu'il faut voir dans ce chapitre de la vie de l'abbé Karilef, où il est dit que ce saint, en remuant avec sa bêche le terrain qu'il défonçait autour de sa cellule dans la forêt du Perche, y découvrit un trésor, ce dont il se réjouit ardenunent avec ses frères, parce qu'il y trouvait le moyen à la fois de soulager les exilés et les pèlerins et de récompenser les pauvres paysans qui l'aidaient à bâtir son oratoire? ou n'est-ce pas plutôt la traduction symbohque do l'admiration qu'inspirait à la population rurale le spectacle de tant de travaux entrepris avec de si faibles ressources, suivis de si excellents résultats et relevés par une si généreuse charité? On ajoute que, si l'abbé et ses disciples labouraient à la bêche, c'était parce que les moyens de labourer à la charrue leur manquaient".

Mais la charrue ne leur manqua bientôt nulle part. Il était naturel qu'elle devînt le principal instrument de la culture monastique, et l'on peut dire

1. Voir de précieuses indications données, d'après la carte de Cassini et une foule d'auteurs anciens et contemporains, par M. Alfred Maury, dans le chapitre v de son beau et curieux livre : les Forêts de la France.

2. Vila S. Karilefi, c. 22. — C'est la dernière fois que nous ci'.erons ce récit si complet et si curieux.

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sans exagération qu'elle pourrait servir, avec la croix du Rédempteur, d'enseigne et de blason à toute r histoire des moines pendant des siècles. Cruce et aratro, cette devise résume la vie d'un grand moine du \f siècle, dont il nous reste à parler. Théodulphe, né en Aquitaine, était issu d'une longue lignée d'ancêtres particulièrement illustres par la noblesse autant que par la piété. S'étant fait moine à Saint-Thierry, près Reims, il désira être spécialement employé aux rudes travaux de l'exploitation agricole du monastère : on lui confia deux bœufs de labour qu'il mena à la charrue pendant vingt-deux ans. Avec cet attelage il faisait autant de besogne que d'autres avec deux, trois et même quatre frères. Il y avait des gens qui doutaient du bon sens de cet homme assez fou pour user sa vie par de tels travaux et pour braver toutes les intempéries des saisons, comme un simple paysan, au lieu de vivre, comme ses aïeux, des fruits du travail de ses sujets. Mais tous admiraient un tel labom^ur, encore plus infatigable que ses bœufs ; car, pendant que ceux-ci se reposaient, lui remplaçait la charrue par le hoyau, la herse ou la bêche, et quand il revenait au monastère après des journées si bien remplies, il était toujours le premier aux offices et aux psahnodies de la nuit. Après ces vingt-deux ans de labourage, il fut élu

abbé de sa communauté. Alors les habitants du | village le plus voisin s'emparèrent de sa charrue et la suspendirent dans leur éghse comme une relique. C'en était une en effet : noble et sainte relique d'une de ces vies de travail perpétuel et de smniaturelle vertu, dont l'exemple a heureusement exercé un plus fécond et plus durable empire que celui des plus fiers conquérants. Il me semble que nous la contemplerions tous avec émotion, si elle existait encore, cette charrue de moine, deux fois sacrée, par la religion et par le travail, par l'histoire et par la vertu. Pour moi, je sens que je la baiserais aussi volontiers que l'épée de Charlemagne ou la plume de Bossuet.

Ces mêmes paysans rémois admiraient encore dans leur simplicité un gros et vieux arbre ; ils le disaient sorti de l'aiguillon dont l'abbé Théodulphe se servait pour piquer ses bœufs, et qu'il avait fiché en terre, un jour qu'en les ramenant au monastère il s'était arrêté sur le bord du chemin pour raccommoder sa charrue endommagée \

Devenu abbé, Théodulphe redoubla d'activité pour conduire de front tous les devoirs de sa charge et ceux qu'il s'imposait par surcroît, en faisant construire une nouvelle église consacrée à saint Hilairc; il était surtout assidu aux offices

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