ISAIE, LV
DÉFRICHEMENTS iMONASTIQUES. 46J
L'Église a connu dos jours plus resplendissants et plus solennels, plus propres à exciter l'admiration des sages, la ferveur des âmes pieuses, l'inébranlable confiance de ses enfants. Mais je ne sais si jamais elle a exhalé un charme plus intime et plus pur qu'en ce printemps de la vie monastique.
Dans cette Gaule qui avait subi pendant cinq siècles le joug ignominieux de la Rome des Césars, qui depuis avait gémi sous les invasions des Barbares, où tout respirait encore le sang, le carnage, l'incendie, on voyait germer partout la vertu chrétienne fécondée par l'esprit de pénitence et de sacrifice. Partout la foi semblait éclore comme les fleurs après Thiver; partout la vie morale renaissait et bourgeonnait comme la verdure des bois ; partout, sous les voûtes séculaires des forets druidiques, se célébraient les fraîches fiançailles de l'Église avec le peuple franc.