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selon la légende, d'un barde et d'une belle captive que son maître avait chassée, comme Agar, à la suggestion de sa femme'. Née dans la douleur et la lionte, elle fut recueillie et baptisée, ainsi que sa mère, par les disciples de saint Patrice. Deux fois vendue comme esclave, maltraitée, fustigée, assujettie à tous les travaux si divers et si pénibles que comportait son état de servitude, cuisinière, boulangère, bergère, tisserande, elle apprit la miséricorde à Pécole de la souffrance et de l'oppression. Eîî vain son père la veut-il reprendre et la marier,
. 1. J'ai suivi le texte des plus anciennes vies, de la sainte, recueillies par Colgan. Il y est dit de sa mère que son maître Dubtach, ex anciUa fecit eam concvbinam, valde amans eam. La jalousie de sa femme l'obligea à la mettre en vente, déjà enceinte de Brigitte, au marché des esclaves, mais en se réservant son fruit. Ce sont, comme on voit, les mœurs des Antilles au temps de l'esclavage des n'^gresî Brigitte, ramenée chez son père, y fut livrée aux sévices de la mère de famille : oc Tarn verbis quam verberibus in innocentem sceviebat w. Elle y faisait tous les métiers, pistoris, coqui, subulci, opilionis, messoris, textricis. Enfin elle fut revendue au roi de Lagenie. Le père dit au roi : Ergo foris habeo unam virginem venalem, quam si Régi emere placet credo quod non ultimum inter ancillas Régis sibi locum parabit... Le roi dit : Si Laec filia tua est, quare ipsam vendere disponis?... Vita S. Brigklœ, ap. Triad thainnaturg., p. 527,547, 557, 570, 572. — Des critiques irlandais m'ont reproché d'avoir suivi ces traductions populaires plutôt que l'opinion des érudits modernes, tels que Ware et Lanigan, qui ont revendiqué pour Brigitte une naissance illustre ^t même princière. On me pardonnera, j'espère, d'avoir maintenu ma version primitive, ne fût-ce que pour reposer le lecteur de tant d'antres légendes trop unanimes à attribuer à toutes les saintes du calendrier la plusjiaute noblesse en même temps que la plus éclatante beauté.
lorsque sa beauté et sa sagesse l'eurent fait remarquer et affranchir. Elle se dévoue à Dieu et aux pauvres, et va vivre dans un bois de chêne naguère consacré aux faux dieux. Ses guérisons miraculeuses attirent la foule, et bientôt elle y fonde le premier monastère de femmes que l'Irlande ait connu, sous le nom de Kildare, la Cellule du Chêne.
Toutefois sa vie ne fut pas celle d'une recluse. Elle parcourut sans cesse l'Irlande d'un bout à l'autre ; elle eut des relations fréquentes et singulières avec les rois et les peuples, avec les grands et les petits, mais toujours et surtout dans l'intérêt des âmes et pour soulager les malheureux. Au milieu du déluge de légendes plus ou moins ftibuleuses qui ont si longtemps enchâssé son nom dans la mémoire des Irlandais, il faut signaler celles qui témoignent de sa constante et féconde sympathie poui^ les prisonniers et les esclaves, dont elle avait connu par expérience les misères. Ici on la voit disputer une pauvre fille fugitive à sa maîtresse qui veut la ressaisir et l'arracher aux bras de Brigitte, mais dont la main se dessèche dans cette lutte inhumaine, qui ne finit que par raffranchissement de la fugitive ! Ailleurs nous la trouvons chez un roi provincial à qui elle va demander la libératiou d'un cap-
1. Tertia Vita S. Brigidœ, c. 75, ap. Colgw. Trias thaumainrga, p. 536.
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tif ; en rabsence du maître elle gagne son père nourricier et ses frères de lait ; elle leur apprend à jouer de la harpe ; elle est déjà maîtresse au logis quand le roi revient et, au bruit de ces doux concerts, lui demande sa bénédiction, mais ne Fobtient qu'après avoir brisé les fers de son prisonnier sans rançon ' . Aussi lorsque, dans la suite des temps on cherchait à justifier le culte passionné dont elle devint l'objet : (( C'est parce que », dit un poète ii'laudais, « elle a « aboli parmi nous les tributs de chair humaine -. » Mais Famour de Dieu n'inondait pas moins son cœur que l'amour du prochain. Un jour elle rencontra un étudiant courant à perte d'haleine et à travers champs : « Jeune homme », lui crie-t-elle, « où « cours-tu si vite? — A la vie éternelle » , répond le
1. Et vidit citharas in domo et dixit : Citharizate nobis cilhaiis veslris... Responderunt : Non sunt cithaiistae in donio hac : sed exierunlin viam... Dixil joiulosoveibo : Vosmetipsicilharizalenolîi.s
et benedicalS. Brigida manus vestras ut possitis complere. Quod illa prœcipit vobis et obedite ejus voci... Faciamus et benedicat nos S. Brigida. Tune arripuerunt citharas et modulantur rudes citharistae... Dixit rex : Quis facil hoccarmen?... Nutritius tuus et nutrix tua cum filiis, jubente illis Brigida... Nutritor vero régis et filii fuerunt probi citharistae usque ad diem mortis suœ, et nepotcs eorum regibus venerabiles citharistae. Ibid., c. 76. — Cf. ViUi quarta, c. 50.
2. Ambra de sainte Brigitte, cité par La Villemarqlé, Poésie des cloîtres celtiques, ap. Correspondant du 25 novembre 1863. — Ce poète se trompait, car cet affreux tribut survécut longtemps à la sainte : le commerce des esclaves était encore en pleine activité au dixième siècle entre l'Angleterre et l'Irlande, et le port de Bristol en était l'entrepôt principal.
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coureur, a Que ne puis-je y courir avec toi ! mais (( au moins prie pour que j'y arrive. — Eh bien, (( priez pour que je ne sois pas arrêté en route, et (( en revanche moi je prierai pour que vous et mille « de vos compagnes vous y arriviez comme moi ' . » Tout en préparant à Jésus des banquets dans son cœur, comme dit un de ses anciens panégyristes, elle ravissait les rois et les grands aux bajiquets du palais de Tara, où elle venait chanter, toujours en «'accompagnant de la harpe, des hymnes dont voici un fragment, tel que la tradition poétique Je lui attribue :
c( Je voudrais un lac d'hydromel pour le Roi des « rois ; je voudrais que tout le peuple du ciel y bût « pendant l'éternité.
« Je voudrais des a iandes de foi et de piété sainte ; <( je voudrais des instruments de pénitence dans ma « demeure.
(( Je voudrais des honnnes du ciel plein ma mai- « son; je voudrais que des cuves d'union y fussent « à leur service.
« Je voudrais de grandes coupes de charité pour (( les distribuer; je voudrais des caves pleines de « grâces pour mes compagnons.
1. Juvenis, quo tu cunis lam cito? — Adregnuin Dei. — Utinani niererer tccum currere!... Et ego vicissim rogabo pro te ut tu et mille comités tccum vadant at regnum Dei. Terlia Vita, c. 78.
(( Je voudrais que la joie fût la reine de leur ban- « quel ; je voudrais que Jésus, que Jésus lui-même (( régnât sur eux.
(( Je voudrais que les trois Marie d'illustre mé- (( moire, que tous les esprits célestes accourussent (( ici de toute part.
« Je voudrais être la rentière du Seigneur, et, « au prix de mille souffrances, recevoir sa béné- (( diction.
« Je voudrais un lac d'hydromel pour le Roi des « rois ; je voudrais que tout le peuple du ciel y but « pendant Féternité^ ». :
Brigitte mourut septuagénaire (o2o), après toute une vie de travail et d'amour. Sur sa tombe s'alluma aussitôt cette flamme inextinguible qu'on appela le Feu de sainte Brigitte', que ses religieuses entretinrent toujours, que surveillèrent pendant mille ans l'amour et la foi d'un peuple malheureux, comme le fanal de la patrie, jusqu'au triomphe d'une réforme sacrilège, et que de nos jours encore