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1. Apud Kildariam occurret ignis sanctse Brigidx, quem inexlinguibilem vocant ; non quod exUngui non posset, sed quoi tam sollicite moniales el sanctte mulieres ignem, suppetente mateiia, fovent et nutriunt, ut a tempore virginis per tôt annorum curricula semper mansit inexlinctus. Girald. Camh., de minibil. Hihern., disq. 2, c. 34.
a rallumé la muse nationaleV D'innombrables couvents de femmes font remonter leur origine à Fabbesse de Kildare ; partout où les moines irlandais ont pénétré, à Cologne comme à Séville, des églises se sont élevées en son honneur ; et partout où de nos jours encore se répand l'émigration britannique, le nom de Brigitte signale la femme de race irlandaise^. Privés par la persécution et la misère des moyens de construire des monuments de pierre, les Irlandais témoignent de leur inébranlable dévotion à cette chère mémoire en donnant son nom à leurs filles. Noble et touchant hommage d'une race, toujours infortunée et toujours fidèle, à la saiute qui fut comme elle esclave et comme elle catholique. Il y a des gloires plus retentissantes et plus splendides; mais en trouverait-on beaucoup qui fassent plus honneur à la nature humaine^ ?
i. Like the l>riglit lamp tliat shone in Kildare's holy fane, And l)urn'd through lonj? âges of darkness and storm, Is the heart that afflictions hâve come o'er in vain, Whose spirit outlives tliem, unfading and warmi ErinI oh Erin? thus brigth through the tears Of a long night of bondage thy spirit appears.
Moore, Irish Mélodies, ii" 3.
2. Bridget on Bride. Il y a encore dix-huit paroisses en Irlande qui portent le nom de Kilbride, ou église de Brigitte.
3. Lors de l'invasion des Danois, qui brûlèrent Kildare en 835, la châsse de sainte Brigitte fut transportée au monastère de Down- Patrick, où reposait le corps saint de Patrice. En 850, le même danger fit transporter de l'île d'Iona au même asile les reliques de saint
La fécondito du goriiio monastique plante par Patrice et par Brigitte fut prodigieuse. De son vivant encore, Fapôtre de Tli'lande s'étonne de ne pouvoir [)lus dénombrer les fils et les filles des chefs de clan qui, à sa voix, embrassaient la vie du cloître ' . Pendant les trois siècles qui snivirent sa conversion, l'Irlande semble n'avoir été qu'un vaste monastère. Il n'y eut pas de vallon assez écarté, pas de forêt assez touffue, pas d'îlot assez isolé au milieu des lacs ou sm* le flanc des immenses falaises de la côte occidentale toujours battues par les flots de l'Atlantique, poiu- ne pas servir de retraite à des anachorètes ou à des cénobites dont l'empreinte est restée dans les rares et rudes débris de leurs étroites cellules, bien dignes de ces âpres et vigoureux soldats du travail et de la pénitence. La rustique architecture de ces monastères primitifs a laissé une trace visible dans ces célèbres Tnirs rondes répandues sur le sol de l'Irlande, qui ont si
Columb-KilL Ainsi les trois grands saints de la race celtique se U'ouvèrent réunis dans la même tombe. Leur translation so'ennelle fut célébrée en 1186, par un légat du pape Urbain IH.
1. Filii Scotorum et filiae regulorum monachi et virgines Chrisli esse videntur... Et de génère nostro quœ ibi Christo nataesunt, ncscimus numerum earum. Confessio, loc. cit. — Mabillon croit que Patrice donna la règle de Marraoutier à ses communautés naissantes Prœf. in I sxc. Bened., cap. i, n« 25. Cf. H.eften, Disqimitiones monasticx, p. 57. Antwerpicie 1G44, in-folio. — Lanigan croit qu'il y avait des moines en Irlande, même avant saint Patrice.
longtemps exerce la perspicacité des archéologues, jusqu'à ce que la science contemporaine eût démontré que ces monuments n'étaient autre chose que les beffrois des cathédrales et des abbayes érigées entre la conversion de File et sa conquête par les Anglais'. Parmi tant de saints, successeurs et émules de Patrice, nous n'en nommerons qu'un seul, Luan, parce que six siècles plus tard saint Bernard a consacré sa mémoire en affirmant qu'il avait fondé à lui seul cent monastères -. Ce Luan était un petit berger qui avait été élevé par les moines de l'immense abbaye de Bangor. Car bientôt ce furent des villes tout entières qui s'élevèrent à Bangor% à Clonfert et ailleurs, dont chacune renfermait plus de trois mille cénobites. La Thébaïde reparaissait en h^lande, et l'Occident n'avait plus rien à envier à FOrient.
Il y avait de plus un développement intellectuel cpie les laures d'Egypte n'avaient pas connu. Les
1. Mémoire du D"" Pétrie, couronné par l'Académie royale d'Ir. lande en 1836.
•2. s. Br.RNARi), i)i Vita S. Malachix, c. 6.
3. Bangor ou Benchor, fondé en 558 par saint Comgall (+602), qui en tit la principale école d'Irlande. Cette abbaye irlandaise, située au bord de la mer, à l'embouchure méridionale du golfe de Belfast, ne doit pas être confondue avec un autre monastère celtique du même nom, placé sur la rive opposée de la mer d'Irlande, à l'extrémité nord-ouest du pays de Galles, et qui est encore aujourd'hui le siège d'un évêché anglican. Il y a eu un troisième monastère de Bangor, également dans le pays de Galles.
communautés irlandaises recrutées par des religieux gaulois et romains que l'exemple de Patrice avait entraînés sur ses pas', rivalisaient avec les grandes écoles monastiques de la Gaule. La musique y était en grand honneur ; la calligraphie et l'art de la miniature y étaient pratiqués avec autant d'ardeur que de succès et y créaient des types que l'érudition moderne ne se lasse pas d'étudier'. On y expliquait Ovide ; on y copiait Virgile ; on y cultivait surtout les lettres grecques; on n'y reculait devant aucune recherche, devant aucune discussion; on mettait sa gloire à porter sa hardiesse au niveau de sa foi. Le jeune Luan répondait à l'abbé de Bangor qui le mettait en garde contre les dangers d'une étude 1 mp passionnée des arts libéraux : « Si j'avais la science de Dieu, je n'offenc( serais jamais Dieu ; car ceux-là lui désobéissent « qui ne le connaissent pas ». Sur quoi l'abbé le quitta en disant : « Mon fds, tu es ferme dans la (( foi, et la science véritable te mettra dans le droit « chemin dncieP ».
1. En 536, cinquante moines du continent débarquèrent à Cork.
2. Voir les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Gall signalés j)ar Waagen, elles fac-simile de VEssai du D*^ Reeves, Early Irish Calligraphy, 1860.
3. Voir 0z\N\>i, 0]). cit., U, 97, 101, 472, et les vers curieux qu'il cite :
Benchior bona régula Recta atque divina...
Lu caractère plus disliiictif encore des iiKjiiies irlandais comme de toute leur nation, ce fut le besoin impérieux de se répandre au dehors, d aller chercher ou porter au loin la science et la foi, de pénétrer jusque dans les parages les plus reculés pour y combattre ou y contenir le paganisme. L'hitensité du foyer de science et de zèle apostoIi({ue allumé par Patrice en Irlande ne peut guère être appréciée que par rimmense rayonnement de la propagande irlandaise pendant six siècles. Aussi bien ce peuple monastique devint-il le peuple missionnaire par excellence. Pendant qu'on accourait en Irlande pour y puiser renseignement religieux, eux s'élancent au dehors. Ils couvrent les terres et les mers de l'Occident. Navigateurs infatigables, ils abordent aux îles les plus désertes ; ils inondent les régions continentales de leurs immigrations successives'. Oubliés ou inconnus dans leur pairie, il faut aller chercher leurs noms dans les annales primitives de toutes les nations européennes, et retrouver leurs reliques sous les autels où les avait enchâssées la reconnaissance des peuples convertis par leur patience, leur courage, leur infatigable
Navis nuii(|Liain turbata...
Siniplex siinul atque docta Uudecumtiue invicta...
1. In exteias etiani nationes, quasi inundationes facta illa so sancloruiii examina eflfuderunt. S. Bernaudi, Vita S. Malacli., c. 3.
activité V D'incessantes visions leur montraient le monde commet incomm à conquérir pour le Christ. Le poème du Pèlerinage de saint Brandan , cette odyssée monacale si célèbre au moyen âge, ce préambule populaire de la Divine Comédie, nous montre les moines irlandais aux prises avec tous les rêves et toutes les merveilles de l'idéal celtique. Plus tard, nous les verrons aux prises avec la réalité ; nous parlerons de leur métropole sur le rocher d'Iona , aux Hébrides ; nous dirons ce qu'ils firent pour la conversion de la Grande-Bretagne et des pays germaniques. Il nous faut auparavant les suivre en Gaule, dans cette terre d'où l'Évangile leur avait été apporté par Patrice. Plusieurs s'étaient déjà aljattus sur l'Armorique, lors de cette invasion de réfugiés celtes qu'on a signalée au livre précédent. Mais ce ne fut que vers la fin du vi'' siècle que l'action de l'Irlande sur les pays directement soumis à la domination franque devint décisive. Elle s'acquitta alors généreusement de sa dette envers la Gaule. Elle en avait reçu Patrice; en retour elle lui donna Golombau.
1. AuBREY DE Vere, Inisfail or Ireland in the olden Unie. NoteUr 1801. MooRE s History of Ireland, 1. 1, p, 276. Reeves, Opuscules, 1851-1860.