‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 236 sur 274 · Tacit., De Mot. Genn., c · texte numérisé non relu

Tacit., De Mot. Genn., c

royaume un saint lionnue tel que Colomban. Il allait souvent le visiter. Le zélé Irlandais en profita pour lui reprocher ses désordres et pour l'exhorter à chercher la douceur d'une épouse légitime, de telle sorte que la race royale pût sortir d'une reine honorable et non d'un lieu de prostitution. Le jeune roi promit de s'amender; mais Brunehaut le détourna facilement de ces bonnes inspirations. Colomban étant venu la voir au manoir de Bourcheresse, elle lui présenta les quatre fils qu'avait déjà Thierry de ses concubines. « Que me veulent ces (( enfants? » dit le moine. — Ce sont les fils du roi, » dit la reine; (( fortifie-les par ta bénédiction. — Non, )) répondit Colomban , « ils ne régneront (( pas, car ils sortent d'nn mauvais lieu. » A partir de ce moment, Brunehaut lui jura une guerre à mort. Elle fit d'abord défendre aux religieux des monastères gouvernés par Colomban d'en sortir, et à qui que ce fût de les recevoir ou de leur fournir le moindre secours. Colomban voulut essayer d'éclairer et de ramener Thierry. Il alla le trouver à sa villa royale d'Époisses. En apprenant que l'abbé était arrivé , mais ne voulait pas entrer dans le palais, le roi lui fit porter un repas somptueusement apprêté. Colomban refusa de rien accepter de la main de celui qui interdisait aux serviteurs de Dieu l'accès et la demeure des autres hommes, et sous le

coup de sa malédiction tous les vases qui contenaient les divers mets furent miraculeusement brisés. Le roi, effrayé par ce prodige, et son aïeule, vinrent lui demander pardon et promirent de se corriger. Colomban apaisé retourna à son monastère, où il apprit bientôt que Thierry était retombé dans ses débauches habituelles. Alors il écrivit au roi une lettre pleine de reproches véhéments, et qui le menaçait d'une excommunication prochaine'.

Ainsi donc lui, cet étranger, ce missionnaire irlandais , l'hôte et Tobligé du roi Gontran , oserait en venir au point d'excommunier le roi de Bourgogne, l'héritier de son bienfaiteur! Brunehaut n'eut pas de peine à soulever contre cette audace inaccoutumée les principaux leudes de la cour de Thierry; elle entreprit même de persuader aux évoques d'intervenir afin de blâmer la règle du nouvel institut. Excité par tout ce qu'il entendait dire autour de lui, Thierry résolut de prendre l'offensive, se présenta lui-même à Luxeuîl et demanda compte à l'abbé de ce qu'il s'écartait des usages du pays et de ce que l'intérieur du couvent n'était pas ouvert à tous les chrétiens et même aux femmes, car c'était encore un des griefs de Brunehaut contre

1. ut regalis proies ex honorabili regina proderet, et non ex lupanaribus videretur emergi, JoNAS, c. 31,32.

DE SAIiNÏ COLOMBAN. oH

Colomban, qui lui avait iuterdit à elle, quoique reine, de franchir le seuil de son monastère. Le jeune roi pénétra de sa personne jusqu'au réfectoire en disant qu'il fallait laisser entrer tout le monde partout ou bien renoncer à tout don royal. Colomban, avec son audace accoutumée, dit au roi : (( Si vous voulez violer la rigueur de nos règles, (( nous n'avons que faire de vos dons; et si vous (( venez ici pour détruire notre monastère, sachez <( que votre royaume sera détruit avec toute votre (( race ».

Le roi eut peur et sortit ; mais il reprit bientôt : <( Tu espères peut-être que je te procurerai la cou- (( ronne du martyre ; mais je ne suis pas assez fou (( pour cela; seulement, puisqu'il te plaît de vivre « en dehors de toute relation avec les séculiers, « tu n'as qu'à t'en aller par où tu es venu, et (( jusque dans ton pays ». Tous les seigneurs du cortège royal s'écrièrent qu'ils ne voulaient pas non plus tolérer dans leur pays des gens qui s'isolaient ainsi de tout le monde. Colomban dit qu'il ne sortirait de son monastère que s'il en était arraché par la force. Alors on le prit et on le conduisit à Besançon pour y attendre les oi^lres ultérieurs (hi roi\ Après quoi, l'on établit une sorte de blocus

1. VitaS. Agili.c. 1, ap. Act. SS. 0. S. B , t. II, — Jonas,c. 23.

autour de Luxeuil pour empêcher qui que ce fût

d'en sortir (610).

Les moines se rappelèrent qu'ils avaient parmi eux un jeune homme nommé Agile, fils de cet Agnoald, principal ministre du roi Gontran , qui vingt ans auparavant avait obtenu pour Colomban la donation de Luxeuil , et qui depuis avait confié son fils encore enfant au saint abbé irlandais pour rélever dans la vie religieuse. Ils chargèrent Agile d'aller obtenir du roi et de la reine la levée de l'interdiction. Le jeune religieux tomba entre les mains d'un neveu du duc de la Séquanie qui, sous prétexte de se livrer à la chasse, gardait les avenues du monastère; mais par le signe de la croix, il fit tomber le glaive et dessécher le bras déjà levé pour le frapper, et on lui permit de continuer sa route. Par un de ces retours soudains et passagers qui se produisent si souvent dans la vie des Mérovingiens, Thierry et son aïeule reçurent l'eiwoyé des moines avec toute sorte de démonstrations d'humilité, se prosternèrent devant lui, levèrent le blocus de l'abbaye, et lui firent même de riches donations^ .

Mais leur cœur n'avait pas fléchi à l'endroit de Colomban. Celui-ci, entouré à Besançon du respect de tous et jouissant de sa liberté dans l'intérieur

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