‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 251 sur 274 · Epist. ad Fratres · texte numérisé non relu

Epist. ad Fratres

dit l'annaliste contemporain, en colportant ça et là des imputations injurieuses contre cette règle même de saint Golomban qu'il avait professée, et dont le succès ne pouvait manquer d'exciter la jalousie et Fliostilité. Un évêque, Abellinus de Genève, accueillit ces dénonciations et s'efforça de faire partager aux prélats voisins son antipathie. Le roi Glotaire, averti et toujours plein de sollicitude pour Luxeuil, fit réunir en concile à Mâcon (624) la plupart des évêques du royaume de Bourgogne. Eustaise y fut appelé et l'accusateur invité à exposer ses griefs contre la règle de Luxeuil. Il ne dit rien de la célébration de la Pâque selon l'usage d'Irlande, ce qui prouve que Golomban ou ses disciples avaient définitivement renoncé à cette prétention ; rien non plus des pénalités sévères que renfermait le Pénitentiel. Tous ses reproches roulaient sur quelques singularités, insignifiantes, qu'il qualifiait de superflues, contraires aux canons, ou entachées d'esprit particulier. « J'ai découvert, » disait-il, (( que Golomban a établi des usages qui ne sont pas « ceux de toute l'Eglise . » Et là-dessus il reprochait à ses anciens confrères, comme autant d'hérésies, de faire le signe de la croix, en mangeant, sur leurs cuillers; de demander la bénédiction en entrant et en sortant de chaque bâtiment monastique; de multipher les oraisons à la messe. Il

insistait surtout contre la tonsure à l'irlandaise, que Golonil^an avait introduite en France, et qui consistait à se raser seulement le devant de la tête, d'une oreille à l'autre, sans toucher aux cheveux sur la partie postérieure, tandis que les Grecs se rasaient la tête entière, et que les Romains ne se dépouillaient que le sommet du crâne, en laissant les cheveux en forme de couronne autour du bas de la tête. C'est ce dernier usage, comme l'on sait, qui a fini par prévaloir chez tous les ordres rehgieux de l'Occident *.

Eustaise n'eut pas de peine à justifier les usages de Luxeuil et à confondre les violences de son accu-

1. Canino dente garriens ac veluticœnosa sus... Jonas, Vita S. Eustas., c. 9-10. — La tonsure avait été reconnue, dès les temps apostoliques, comme symbole du vœu religieux, ainsi que le constate le texte sacré relatif au juif Aquila, qui fut l'hôte de saint Paul à Corinthe : Navigavit in Syriam et cum eo Priscilla et Aquila, qui sibi totonderat in Cenchris caput : habebat enim votum. Act., XVIII, 18. — Quelques années après le synode de Màcon, le concile de Tolède en 633 régla la forme de la tonsure et de ce cercle de cheveux courts autour de la tête, appalé corona clérical is. — H paraît que les religieuses n'étaient pas toujours astreintes, co nm3 les moines, à faire le sacrifice de leur longue chevelure. C'est ce que démontre le trait curieux rapporté par Hildegaire, évê [ue de Meaux au neuvième siècle, din> la vie d3 soi prédécesseur, saint Faron. Le saint évéque ayant voulu revoir sa femme, dont i! avait dû seséparer pour devenir évê^iue, et qui observait la vie religieuse dans une villa de son patrimoine, celle-ci, de peur d'exciter un regret coupable dans l'àme de son époux, se totondit totam cxsariem capitis,in quo consistebat ornamentum pulchriuscorporis. La précaution réussit si bien, que Faron, en la revoyant ainsi tondue, amarissimo txdio exhorruit. Act. SS. 0. S. B., t. II, p. 592.

572 INFLUENCE DE LIJXEUIL.

sateur. Mais comme Agrestin revenait toujom^s à la charge, l'abbé lui dit : a En présence de ces « évoques, moi, le disciple et le successeur de celui (( dont tu condamnes l'institut, je te cite à compa- (( raître dans l'année avec lui au tribunal de Dieu, (( pour y plaider ta cause contre lui, et pom^ y « apprendre à connaître la justice de Celui dont tu (( essayes de calomnier le serviteur ». La solennité de cet appel émut même les prélats qui penchaient du côté d'Agrestin : ils le pressèrent de se réconcilier avec son ancien abbé, et celui-ci, qui était la douceur même, consentit à lui donner le baiser de paix. Mais Agrestin ne sut pas profiter de cette grâce. Désespérant de réussir à Luxeuil même, il alla semer la révolte et la calomnie dans d'autres monastères, issus, comme Luxeuil, du génie colonisateur de Golomban, à Remiremont et à Faremoutier. Mais avant l'expiration de l'année il fut tué d'un coup de hache par ibou esclave, dont on croit qu'il a^ ait voulu déshonorer la femme * .

Les évêques du concile de Mâcon , et celui de Genève plus que tous les autres, devinrent dès lors les partisans et les protecteurs de l'institut de saint Golomban ; comme eux, beaucoup d'autres prélats des Gaules se signalèrent par leur empressement à

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