I. JONAS, C
INFLUENCE DE LUXEUIL. o73
fonder ou à protéger de nouveaux monastères destinés à propager et à pratiquer la règle irlandaise. La gloire de Colomban et de Luxeuil sortit donc intacte et accrue de cette épreuve. Et cependant, sans qu'aucun monument contemporain l'atteste expressément, il paraît certain que les chefs de l'institut comprirent, à partir de ce moment, qu'il ne fallait pas se retrancher dans ce que l'esprit de leur saint fondateur avait de trop individuel. Derrière les accusations passionnées et exagérées d'Agrestin, ils entrevirent sans doute les périls de l'isolement, même dans les détails en apparence les moins importants de l'observance et de la discipline régulière. Ils comprirent, avec une sagacité profondément chrétienne, qu'il fallait renoncer à la pensée de faire prévaloir partout et uniquement la règle de leur maître, ils savaient qu'à côté d'eux vivait et se propageait , sans éclat il est vrai jusqu'alors, mais non pas sans fruit et sans honneur, une règle plus ancienne et plus forte par l'approbation formelle du pontife romain. Gomment l'abbaye de Luxeuil entra-t-elle en contact avec la règle de saint Benoît? Par quelle voix la puissante et célèbre maison fut-elle déterminée à ouvrir ses portes à une autre gloire et à une autre autorité que celle de son fondateur? nul ne nous l'a dit' ;
1. Rien n'autorise la version dOrderic Vital qui, postérieur de
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mais il est certain que sous le successeur d'Eustaise , qui mourut un an après le concile de Mâcon, et depuis lors, on voit presque toujours, dans les nombreuses fondations dont il nous reste à parler, les deux rèiiles fmiu*er ensemble comme les bases simultanées des communautés écloses sous le souffle générateur des disciples de Colomban ^ . La république monastique des Gaules, qui semblait ne devoir reconnaître qu'un seul dictateur, aura désormais deux consuls, comme naguère la république romaine.
Le successeur d'Eustaise fut Walbert (62o-66o) , lui aussi élève et compagnon de Colomban. Né de race sicambre, d'une famille noble et très riche, il s'était fait remarquer par sa bonne conduite à la
cinq siècles à la construction de Luxeuil, prétend que saint Maur, mort en 584, a été connu des disciples de saint Colomban, mort en 615 ; mais on nous saura gré de citer iciunpassage de cet historien, qui explique bien l'eifet produit sur la postérité monastique par la fusion des deux instituts :
Ipsi (les disciples de Colomban), reor, B. Maurum ejusque socios et discipulos noverunt,utpote vicini, et ab ip?is sicutabaliis scripta doctorum, fediiicationis causa, sancti normam suscepere Benedicti , ita tamen ut non abhorrèrent sut statuta magistri, almi videlicet Columbani. Ab ipso siquidem modum divinee servitutis et ordinem didicerunt, et formam orationum;... nigredinem vestium aliasque observationes sumpserunt quas pro religione et honestate ipsius tenuerunt, et sequaces eorum usque in hodiernum reverenter observareappetunt. Orderic Vital, Hist. eccles., 1. vm, c. 27.
1. Mabillon, Prxf. in II sœc, c. 15. Prsef. in IVsxc.,c. 126 et 127
guerre avant de s'enrôler clans la milice du missionnaire irlandais. Mais l'attrait du cloître l'emporta sur la passion ])elliqueuse du Franc. Quand son parti fut pris, il vint à Luxeuil, et y apporta non seulement la donation de tous ses vastes domaines, mais aussi l'habit militaire dont il ne voulut se dépouiller que dans le monastère même ; il offrit en même temps les armes qui lui avaient conquis une si belle renommée et qu'il suspendit à la voûte de l'église, où on les conserva pendant le cours des siècles, comme un monument de la plus noble victoire qu'il soit donné à l'homme de remporter icibas ' . Il avait obtenu d'Eustaise la liberté de vivre seul dans le creux d'un rocher, près d'une source d'eau vive, au miKeu des bois, à trois milles de l'abbaye. Ce fut là que, à la mort d'Eustaise, premier successeur de Colomban, sur le refus de Gall, les moines de Luxeuil allèrent chercher Walbert pour en faire leur troisième abbé. Il les gouverna quarante ans (625-665) avec éclat et succès. Nous verrons plus loin quelle sympathie il inspirait à Bathilde, la sainte régente des trois royaumes francs,
1. Vita S. German. Grandiv., ap. Act, SS. 0. S. B., t. II, p. 491. — Cf. Act. SS. 0. S. B., t. II, p. 411. — On voit encore à quelque distance de Luxeuil l'ermitage où saint Walbert passa les premières années de sa conversion, et le long bloc de pierre^ creusé en forme d'auge, qui lui servait de lit, selon la tradition locale. Il mourut en 665.
376 liNFLUENCE DE LLXEUIL.
et quelle autorité on lui supposait sur elle. Son nom est resté, dans les contrées environnantes, le plus populaire de tous ceux qui ont honoré la grande abbaye séquanaise. Il y maintint la discipline et le zèle des fortes études, tout en augmentant les domaines de la communauté par ses propres donations d'abord, puis par celles que la bonne renommée de la maison attirait de toutes parts.
A l'indépendance temporelle ainsi assurée vint s'adjoindre une sorte d'indépendance spirituelle, vivement recherchée dès lors par tous les grands monastères, et qu'ils s'empressaient de soUiciter soit des papes, soit des conciles provinciaux. Il s'agissait de les mettre à l'abri, par un privilège solemiel, des abus d'autorité et des vexations que l'évêque diocésain, à la faveur de sa juridiction spirituelle, pouvait leur faire subir, soit en allant loger chez eux, malgré eux, avec un noml3reux cortège, soit en leur faisant payer fort cher le saint chrême et l'ordination de leurs frères, soit surtout en gênant la liberté de leurs élections intérieures. Lérins avait olîtenu ce privilège du concile de Ghâlon en 579. Luxeuil ne pouvait manquer de faire valoir les mêmes droits et les mêmes besoins.
Sous l'abbatiat de Walbert et sur la prière faite au nom du roi mineur Clovis II, le pape Jean IV
liNFLUENCK DE LUXEUIL. 377
accorda le privilège de l'eKemption de Tautorité épiscopale « au monastère de Saiiit-PieiTe, fondé », dit le diplôme pontifical (641), « par le vénérable Colomban, Écossais, venu comme étranger, mais tout fervent de zèle et de sainteté, dans le royaume des Francs. . . Si, ce qu'à Dieu ne plaise, les moines dudit monastère s'attiédissent dans l'amour de Dieu et l'observance des instituts de leur père, qu'ils soient corrigés par l'abbé, c'est-à-dire par le père du monastère ; et si c'est lui-même qui tombe dans la torpeur et le mépris de la règle paternelle, le Saint-Siège y pourvoira ' . )>
Six cents moines formaienl, sous la crosse de
1. Mabillon a trouvé un fragment du texte de cette bulle dans le Chartrier de Montier-en-Der : il l'a complétée d'après les diplômes des papes postérieurs, et publiée dans ses Annal. Bcned., I. XIII, n'' 11, et Appeiid. n» 18. — La bulle de Jean IVja été arguée de faux par Bréquignj, dans ses Diploniata, C haï' lœ, etc., 1791. in-fol., p. 186-188. En admettant qu'elle soit interpolée, il est certain que, en fait, l'exemption accordée à Luxeuil ne fut ni inoins solennelleni moins étendueque celle accordée à Lérins et à Agaune. Elle est citée au même titre dans les Formules de Marculphe relatives aux exemptions (liv. I, tit. i), et dans tous les privilèges concédés, pendant le septième siècle, tels que ceux de Saint-Denis. Corbie, etc. Mabillon lui-même admet que la bulle de Jean IV n'a pu être qu'une conlirmaiion d'exemptions antérieures, et^c'est ce qui paraît plus probable, attendu la mention déjà faite du privilège de Luxeuil dans le diplôme de Dagobert l^i- pour Rebais en 03'j. On nous dispensera de discuter la pièce, lout à fait étrangère au débat, par laquelle un écrivain regrettable et distingué, mais paradoxal, le comte Alexis de Saint-Priesl, dans son Histoire de la Royauté, t. H, p. 157, a cru pouvoir démontrer sa thèse sur l'opposition qu'il a rêvée entre Rome et Luxeuil.
MOINES d'occ, II. 33
Walbert, la garnison permanente de cette citadelle monastique, d'où sortaient journellement des missionnaires isolés ou réunis en bandes pour aller fonder au loin de nouvelles colonies religieuses. Il vint même un uiomentoù la multitude des religieux qui se pressaient en foule pour y entrer sembla embarrasser l'abbé Walbert, et où il chercha les moyens de les placer ailleurs et au loin. Car sous lui, plus encore que sous ses prédécesseurs, la fécondité de Luxeuil devint prodigieuse. C'est surtout à son époque que l'on vit, nous dit un contemporain, pulluler à travers les Gaules, dans les châteaux et dans les villes, au sein des campagnes comme dans les déserts, des armées de moines et des essaims de religieuses qui portaient partout la gloire et les lois de Benoît et de Golomban ' .
1. VUa S. Gerni. Graiidlv., c. 8. — Vita S. Salabergœ, ap. Act. SS. Ord. s. Bened., s:ec. Il, t. II, p. 407.
Saint Desle à Lure et Clotaire II. — La famille ducale de saint Donat : Romain-Moutier rétabli : les religieuses de Jussa-Moutier; Bèze, Brégile. — L'abbé Ermenfroy à Cusance : il baise les mains des laboureurs, — Colonies de Luxeuil dans la Rauracie : saint Ursanne; saint Germain de Grandval, premier martyr de l'institut colombanique. — Colonies de Luxeuil en Neustrie : saint Vandrégisile à Fontenelle : il convertit le pays deCaux; saint Philibert à Jumièges; commerce et navigation; mort des quatre cent cinquante élus de Jumièges. — Colonies de Luxeuil en Brie et en Champagne : saint Ouen et ses frères; Jouarre. — Saint Agile à Rebais; hospitalité ; vision du pauvre voyageur. — Burgundofara brave le martyre pour se faire religieuse, et, devenue abbesse, repousse le schismatique Agrestin. — Son frère saint Faron et le roi Clotaire II à la chasse. — Saint Fiacre, saint Fursy, saint Frobert à Moutier-la-Celle, saint Berchaire à Hautvillers et Moulier-en-Der. — Sainte Salaberge à Laon. — Colonies de Luxeuil en Ponlhieu : le berger Valéry, jardinier à Luxeuil, fondateur de Leuconaiis. — Opposition populaire. — Saint Riquier à Centule. — Colonies de Luxeuil chez les Morins : saint Omer et saint Bertin à Sithiu; changement de nom des monastères.
Colonios de Luxeuil dans les deux Bourgognes,
Ce serait une rude tâche que de vouloir retracer le tableau fidèle de cette colonisation monastique
580 COLOiNlES DE LUXEUIL.
de la Gaule fianqiie, dont Luxeuil fut le foyer pendant tout le septième siècle. Une simple esquisse doit suffire ici. Pour se retrouver dans ce dédale, il convient de parcourir rapidement les principales provinces qui recueillirent Tune après l'autre les bienfaits de cette pacifique conquête. Cette course rapide nous permettra de respirer quelques-unes de ces fleurs d'exquise charité et de suave humilité qui s'épanouissaient au milieu des violences sauvages et des brutales cruautés dont la société d'alors était le théâtre. Elle nous montrera aussi combien d'obstacles et de dangers ces hommes de paix et de prière eurent à surmonter, et coimnent, pour être assouphs au joug de la règle monastique, dans la solitude ou dans la communauté du cloître, les Francs qui se donnaient à Dieu sous les lois de Golomban ou de Benoît n'avaient laissé dégénérer en eux ni le généreux courage ni la fière indépendance de leurs pères; comment surtout ils déployaient en toute rencontre cette énergie individuelle, cette force d'initiative qui était le propre des races germaniques, et qui seule pouvait régénérer l'Occident affaissé depuis si longtemps sous rignoble fardeau de la décrépitude romaine.
Mais avant d'aller étudier au loin les actions de Golomban et des siens sur la noblesse franque et
COLONfES DK LUXEUIL. o81
burgonde, nous trouvons, à peine sortis de Luxeuil, Tuie grande fondation due à l'un de ces moines irlandais qui furent les compagnons fidèles de celui qu'on appelait encore, quatre siècles après sa mort, (( le roi des moines et le conducteur du char de Dieu ». On doit se rappeler que lors de son expulsion de Luxeuil, il ne fut permis qu'aux religieux irlandais de le suivre. L'un d'eux, déjà avancé en âge, que Ton croit avoir été frère de saint Gall, et dont le nom celtique a disparu sous l'appellation latine de Déicole ou Desle (serviteur de Dieu), arrivé avec saint Colomban dans un lieu rempli de broussailles, à quelques milles de Luxeuil, sur la route de Besançon, sentit ses jambes fitiblir et reconnut qu'il ne saurait aller plus loin. Il se jette aux pieds de son abbé, demande et obtient avec sa bénédiction la faculté d'achever son pèlerinage dans ce désert (613-625). Resté seul, après une séparation pleine de larmes, il se met à cherchera travers les forêts un site qui puisse lui servir de retraite. En fouillant ces halliers, il rencontre un troupeau de porcs dont le pâtre demeure saisi à la vue de cet étranger d'une taille élevée et revêtu d'un costume qui lui était inconnu. « Qui êtes- vous? » lui demanda-t-il, (( d'où venez-vous? que cherchez-vous? que venezc( vous faire dans ces lieux sauvages sans guide « et sans compagnon? — N'ayez pas peur, mon
(( frère, » dit le ^deil Irlandais, « je suis voyageur « et moine ; et je voudrais que par charité vous pusce siez me montrer par ici une place quelconque où (( un homme pourrait habiter. » Le pâtre lui répondit qu'il ne connaissait dans le voisinage qu'un endroit assez marécageux, mais habitable grâce à l'abondance des eaux, et qui appartenait à un puissant vassal nommé Werfaire. Il refusa toutefois de l'y conduire, de peur qne son troupeau ne s'égarât pendant son absence ; mais Desle insista et lui dit avec cette intrépide gaieté que l'on retrouve chez les Irlandais d'aujourd'hui : « Si tu veux me faire (( ce petit plaisir, je te réponds que tu ne perdras et pas le moindre de tes pourceaux; voici mon « bâton qui te remplacera et qui leur servira de « berger en ton absence ». Cela dit, il ficha dans le sol son bâton de voyageur autour duquel tous les porcs vinrent s'accroupir. Là-dessus les voilà tous deux en route à travers les bois, le moine irlandais et le porcher bourguignon-, et ainsi fut découvert et occupé l'emplacement de la ville actuelle de Lure et du célèbre monastère de ce nom, dont l'abbé, onze siècles après cette aventm-e, comptait encore pai^mi les princes du saint empire
1. Voir larlicle : Chapitresnoblesde Lure et de Murbach réunis, dans la France ecclésiastique pour l'année 1788, p. 78.
Mais Desle n'était pas au bout de ses difficultés : tout près de sa nouvelle retraite il y avait une petite église, assez fréquentée par les patres et les paysans d'alentour, et administrée par un prêtre séculier, qui vit de très mauvais œil l'arrivée du disciple de Golomban dans ces parages : (( Ce moine-là », disait-il, (( va m'empêcher de (( faire ma vie » . Et il racontait à ses ouailles que cet étranger était un magicien qui se cachait dans les ])ois pour se livrer à ses incantations, « et qui, à minuit, s'en vient sous prétexte de (( prier dans ma chapelle, dont j'ai beau ferce mer les portes; une seule parole de lui suffit (( pour les ouvrir ». .11 le dénonça ensuite à Werfaire, le seigneur du lieu, en lui demandant s'il lui convenait de souffrir qu'un certain moine étranger se fût emparé de sa chapelle, sans que personne l'en pût faire sortir. Avec cette férocité brutale qui reparaissait sans cesse chez les barbares baptisés, Werfaire ordonna de faire saisir rétranger, si on le pouvait, et de lui infliger le supplice de la castration. Mais, avant que cet ordre impie pût être accompli, il fut lui-même atteint sur l'heure d'un mal honteux et mortel. vSa pieuse veuve, dans l'espoir de fléchir la justive divine pour l'âme de son mari, fit donation à celui qui s'appelait le voyageur du Ciirist,
de tout le territoire qui environnait le site de Lure, et bientôt de nombreux disciples vinrent chercher auprès de lui une vie de paix et de prière. Leur pieuse solitude fut vui jour troublée, comme on l'a déjà dit, par le roi Glotaire II, dont le nom revient toujours dans l'histoire de Colomban et de ses disciples. Conmie il était venu chasser dans un domaine royal voisin de Lure, un sanglier que les seigneurs de son cortège poursuivaient alla se réfugier jusque dans la cellule de Desle. Le saint lui mit la main sur la hure en disant : « Puisque tu es venu demander la charité , « tu auras la vie sauve ». Le roi, averti par les veneurs qui avaient suivi la piste de la bête, voulut voir par lui-même ce prodige. Quand il sut que le vieux reclus était disciple de ce Colomban qu'il avait toujours honoré et protégé, il s'enquit affectueusement des moyens de subsistance que l'abbé et ses compagnons pouvaient trouver dans cette solitude. (( Il est écrit, » répondit l'Irlandais, (( qu'il ne manque rien à ceux qui craignent (( Dieu; nous menons une pauvre vie, mais elle (( nous suffit avec la crainte de Dieu. » Glotaire lit don à la nouvelle communauté de toutes les forêts, pâtures, pêcheries que possédait le fisc dans le voisinage de Lure, qui devint à dater de ce moment et resta toujours l'un des monas-
tères les plus richement dotés de la chrétienté'. Lnre et Liixeiiil étaient situées au nord de Pantique Séquanie, alors englobée dans le royaume de Bourgogne, dont Glotaire II était devenu maître en même temps que de TAustrasie. Toute cette belle et vaste partie du royaume de Bourgogne qui en a gardé le nom, et qui, à l'ouest et à l'est de la Saône, a formé depuis le duché et surtout le comt('' de Bourgogne, devait naturellement subir en premier lieu l'influence de Luxeuil. Elle était, du temps de Colomban,- gouvernée ou plutôt possédée par une puissante famille d'origine burgonde, dont les relations avec Colomban et ses disciples démontrent une fois de plus la puissante action exercée par le grand moine irlandais sur la noblesse franque. Cette maison était représentée par deux frères qui a valent tous les deux letitrede duc : l'un, Amalgaire, était duc de Bourgogne, à l'ouest et au nord duDoubs; l'autre, Waldelèneou Wandelin, l'ésidait à Besançon, et son duché s'étendait de
I. AcT. SS. O. s. B., t. II, p. 95-ît9. — Cette légende, rédigée au dixième siècle, et qui contient des récits fort curieux sur les spoliations dont l'abbaye fut victime sous les derniers Carlovingiens, ajoute qu'avant de mourir Desle alla à Rome chercher un privilège du Saint-Siège contre la rapacité des Bourguignons qui environnaient sa fondation , et dont il craignait les usurpations, tout en confessant leurs largesses. Mais la mention faite dans ce privilège d'un empereur romain au septième siècle en démontre assez la fausseté.
Fautro côté du Jura et jusqu'aux Alpes^ . Celui-ci se désolait, ainsi que sa femme, de n'avoir pas d'enfants à qui léguer leurs immenses possessions. La renommée des premiers miracles et de la grande sainteté du moine irlandais qui était venu s'établir non loin de Besançon les attira à Luxeuil. Ils allèrent lui demander de prier pour eux et de leur obtenir du Seigneur un fils. « Je le veux bien, » répondit le saint, ce et j'en demanderai non seulece ment un, mais plusieurs, à condition que vous (( me donnerez le premier-né, afin que je le baptise (( de mes mains et que je le consacre au Seigneur. » La promesse fut faite et la grâce fut obtenue. La duchesse porta elle-même son premier-né à Luxeuil, où Colomban le baptisa et lui imposa le nom de Donat {Donatus), en témoignage du don que ses parents avaient fait de lui à Dieu. Il le rendit à sa
1. La table suivante nous a paru indispensable pour riiitelligence
du récit qui va suivre :
N., noble Bourguignon.