‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 253 sur 274 · II II · texte numérisé non relu

II II

^YALDALKNE, duc à Besançou, Amalgaire, duc en Bourgogne,

épousa Fl.vvie, épousa Aquiline,

d'où : d'où :

'^ III '^ III ^ III '" in III

DoNAT, évoque de Ramelène , duc Adalric, Waldalène, Adalsinde,

Besançon, ton- après son père, duc premier abbesse

dateur de restaurateur après abbé de de

Saint-Paul et de Romain- son Béze Brégille.

Jussa-Moutier, Moutier. père f v. 680. t 660.

iiière pour qu'elle l'allaitât, puis le reprit pour l'élever au monastère, où l'enfant grandit et resta jusqu'à ce que l'on vînt, trente ans après (624) , l'en retirer pour le faire évêque de Besançon. Dans cette ville métropolitaine où l'exil de Golomban avait dû laisser des souvenirs populaires, Donat, par amour pour son père spirituel, voulut établir im monastère d'hommes soumis à la règle de Golomban et dédié à saint Paul, comme le monastère de Luxeuil l'était à saint Pierre. Il ajouta cependant à l'observance de la règle du fondateur de Luxeuil celle de la règle de saint Benoît, qui s'introduisait vers la même époque à Luxeuil même. Il y vécTit luimême en religieux, portant toujours l'habit monacal. Plus tard, avec le concours de sa mère, et toujours au sein de sa métropole de Besançon, il créa pour des religieuses le monastère de Jussa-Moutier et leur donna une règle où celle de sainte Gésaire, que l'on a déjà vue adoptée par Radegonde à Poitiers, était combinée avec diverses dispositions empruntées aux règles de Golomban et de Benoît'.

1. Utrique erantex nobili Burgundiorum prosapia... Ancien Bréviaire de Besanço7iimprimé en iÂS9. — Cf. Jonas, VitaS. Columb., c. 22. HoLSTEiN, Codex Regularum. Cf. Mabilloin, Prxf.in IVsœc., g 125, elles Vies des Saints de Franche-Comté, t. I, p. 18(j, et Append.. no'^e, 7 et 9. — Jl ne reste de l'ancienne abbaye de Sainf-Paiil, à Besançon, que quelques débris de l'église, transportés dans la cour delà Bibliothèque ; celle de Jussa-Moulier sert aujourd'hui do caserne à la gendarmerie.

388 COLONIES DE LUXEUfL.

Le préambule, rédigé par Donat lui-même, est d'une latinité qui fait honneur à l'école de Luxeuil. Les filles de Jussa-Moutier voulaient bien rivaliser de ferveur et de zèle avec les moines de Luxeuil, mais elles demandèrent expressément que les lois des deux patriarches fussent modifiées selon les convenances de leur sexe. Elles ne répugnaient d'ailleurs à aucune des sévérités de la tradition irlandaise, car on voit avec surprise, dans cette version des trois règles adaptées à leur usage, la peine de cinquante et même de* cent coups de fouet infligée à ces vierges pour certaines fautes contre la discipline. La règle plus sage et plus douce de Benoît n'en gagnait pas moins de terrain à chaque nouvelle manifestation de la vie religieuse.

Le frère puîné de Donat, Ramelène, qui succéda à son père comme duc de la Bourgogne transjurane, signala son culte pour la mémoire de Colomban par la fondation ou la reconstruction de l'abbaye de Romain-Moutier (646) , dans une gorge du versant méridional du Jura, déjà consacrée deux siècles plus tôt à la prière par le fondateur de Coudât* . Il y introduisit une colonie de Luxeuil : l'antique église, plusieurs fois reconstruite, subsiste encore; elle a servi de type à tout un ordre d'églises primitives,

1. Voir plus haut, livre UI, l, I, p. 271. — Pro amore beati viri Columbani... Jonas, c. 22.

et de base à im système ingénieux et nouveau, propre à caractériser la date et le style des principaux monuments chrétiens entre les Alpes et le Jura^ .

Nous avons dit que le père de saint Douât avait pour frère un autre seigneur, Amalgaire, dont le duché s'étendait jusqu'aux portes de Besançon. Celui-ci eut deux enfants qui se rattachent, comme leur cousin germain, à Luxeuil. Le fils, nommé Waldalène comme son oncle, fut aussi confié aux soins de Colomban, et devint moine à Luxeuil, d'où son père le tira pour le mettre à la tête de Pabbaye de Bèze (630), qu'il avait fondée en l'honneur de Dieu, de saint Pierre et de saint Paul, entre la Saône et la Tille, près d'une fontaine encore aujourd'hui connue et admirée pour l'immense nappe d'eau qui en jaillit, à l'est d'une forêt dite la forêt de Velours, dont le nom a conservé jusqu'à nos jours la trace de l'impression produite par son

1. Histoire de l'architecture sacrée du quatrième au dixième siècle dans les anciens évêchés de Genève, Lausanne etSion, par J.-D. Blanvignac, 1853. —Cette église fut certainement reconstruite au huitième siècle, lorsque le pape Etienne II la consacra en 753 et ordonna que l'abbaye où il séjourna quelque temps s'appellerait le Monastère Romain, en jouant sur le nom qu'elle portait déjà, en Thonneur de son premier fondateur, saint Romain de Condat. Elle devint, au dixième siècle, un prieuré de Cluny. Cf. les Vies des Saints de Franche-Comté, t. I,p. 598, 1. 111, p. 27, et le Cartulaire de Romain-Moutier, publié par le savant baron de Gingins, dans le tome XIV des Mémoires de la société d'histoire de la Suisse Romande.

épaisse verdure sur Padmiration populaire, dans un temps où les esprits semblent avoir été bien plus frappés qu'aujourd'hui de certaines beautés de la nature. Le nouvel abbé porta à Bèze la règle de Colomban et la maintint pendant cinquante années dans ce sanctuaire, qui devait longtemps figurer au premier rang des sanctuaires français. Lorsque son frère aine, qui avait succédé au duché de son père, compromis dans les guerres civiles du temps d'Ébroïn, dut fuir en Australie, Waldalène recueillit ses biens et les joignit à ceux du monastère (676). Il y offrit un asile à sa sœur, Adalsinde, pour laquelle leur père, le duc Amalgaire, avait aussi fondé une abbaye à Brégille, située en face de Besançon, sur la rive droite du Doubs (656). Mais elle n'y put rester longtemps : les vexations des habitants de la campagne environnante l'obligèrent à quitter ce lieu, où ne pouvaient la protéger ni l'ancienne autorité de son père, ni son caractère d'abbesse, ni la proximité d'une ville importante gouvernée par sa famille. Cet exil forcé est une preuve entre bien d'autres des obstacles et des hostilités que rencontraient trop souvent les religieux des deux sexes, malgré la protection des rois et des seigneurs, au milieu des races indomptées qui avaient envahi l'Occident ' .

1. Chronicon Besuense^àp. d'Achery, Spicilegium , 1. 1[ , p 402.

COLOiNIES DE LUXEUIL. MOi

Pendant qne les divers membres de la plus puissante famille des deux Bourgognes témoignaient ainsi de leur dévotion à la mémoire et à l'institut de Colomban, le jeune et noble Ermenfroy (625-670) ol)éissait à la même inspiration, sur ime échelle plus modeste , au sein de cette peuplade à demi païenne des Varasques, qui, venue des bords du Rhin à la suite de rinvasion burgonde, occupait un peu au-dessus de Besançon un canton riverain du Doubs, et dont le deuxième abbé de Luxeuil, Eustaise, avait déjà entrepris la conversion. Ermenfroy, selon Fusage des races germaniques, avait été recommandé dès son adolescence avec son frère, au roi Glotaire II, l'ami et le protecteur de Colomban, qui l'avait agrégé à sa maison. Sa belle prestance, son instruction variée, sa modeste piété, lui gagnèrent la faveur de ce prince. Glotaire avait d'ailleurs confié à son frère la garde de l'anneau qui lui servait de sceau et l'avait ainsi constitué chancelier de la cour. Ermenfroy, rappelé dans son pays par le soin de recueillir la succession d'un très riche seigneur de sa famille, avait trouvé, en parcourant ses nouveaux domaines, im petit vallon étroit, où deux sources limpides, se réimissant au pied d'un monticule, forment un affluent du Doubs, qui se nomme le Cusancin, et où avait déjà existé, sous le nom de Gusance, un monastère de fdles. En contemplant ce site, il se sen-

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tit pénétré du désir de relever les ruines de ce sanctuaire abandonné et de s'y consacrer lui-même au Seigneur. Revenu à la cour de Glotaire, il laissa bientôt apercevoir le nouvel esprit qui l'enflammait. Un jour qu'il parut devant le roi avec sa tunique de soie en désordre et retombant le long de ses jambes, Glotaire lui dit : a Qu'est-ce donc que cela, « Ermenfroy? quelle est cette façon de porter ta « tunique? Est-ce que par hasard tu voudrais te (( faire clerc? — Oui, vraiment, » répondit le Varasque, « clerc et même moine, et je vous demande (( de m'en octroyer la permission . » Le roi y consentit , et les deux frères partirent aussitôt pour la solitude. En vain leur mère les pressa-t-elle de se marier et de perpétuer leur race. Ermenfroy alla se former à la vie monastique sous la crosse de Walbert, à Luxeuil, y reçut F habit religieux et la sacerdoce, puis retourna à Gusance, où il devint bientôt le chef d'une communauté de trente moines, qu'il subordonna complètement à Luxeuil, et qu'il dirigeait avec une douce et active autorité, pendant que son frère, avec lequel il vécut toujours dans la plus intime union, pourvoyait à leurs besoins temporels. Ermenfroy se réservait les plus humbles labeurs : il passait quelquefois les journées entières à cribler le grain que les autres battaient dans la grange. Gar il aimait le travail et

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les travailleurs ; le dimanche, en célébrant la messe, il distribuait au peuple les oulogies ou hosties non consacrées qui servaient alors de pain bénit; el quand il apercevait les mains calleuses des laboureurs, il s'inchnait pour baiser avec un tendre respect ces nobles marques du travail de la semaine. J'ai parcouru les annales de tous les peuples, anciens et modernes; je n'y ai rien trouvé qui m'ait plus ému et mieux expKqué les véritables causes de la victoire du christianisme sur le monde antique, que l'image de ce Germain, de ce fils des vainqueurs de Rome et des conquérants de la Gaule, devenu moine, et baisant devant l'autel du Christ la main calleuse du laboureur gaulois, dans ce recoin oublié du Jura, sans même se douter qu'un obscur témoin en tiendrait note pour l'ingrate postérité \

ïï

Colonies de Luxouil en llauracic.

Avant de quitter la Séquanie, remontons dans le pays des Rauraques (l'ancien évêclié de Baie). Là, au bord de ce sillon étroit et profond que

1. Si vidissel aliquem operalorem aut pauperrinuini crepatis manibus, non anle eulogias dabat quam... nianus ipsas oscularetur. Egilbertls, Vita S. Ermenf., ap. Bolland., t. VII, Septemb.,p. 120. — L'illustre maison de Cusance, dont Ibéritièrc Béatiife. é|)ousa en 1637 Charles IV, duc de Lorraine, passait pour être descendue de Wendelin, frère de saint Krnienfroy. Dunod, Nobiliaire du Comté de Bourgogne, p. 117.

creuse le Doiibs dans les entrailles mêmes du Jura, sur la limite actuelle de la Suisse et de la Franche- Comté, à l'endroit où cette rivière, après avoir coulé depuis sa source du midi au nord, se détourne subitement vers Touest, avant de se replier au sud, et forme ainsi une sorte de presqu'île qu'on nomme encore le clos du Douhs, nous trouverons la petite ville de Saint-Ursanne. Elle est née du choix qu'avait fait de cette âpre contrée un autre disciple de Golomban, pour y vivre dans la solitude. Ursicinus dont on a fait Ursanne, était probablement Irlandais, puisqu'il sortit de Luxeuil avec Golomban; mais, comme Gall et Sigisbert, il ne le suivit pas en Italie, et après avoir fondé une petite chrétienté sur les rives fertiles du lac de Bienne, il aima mieux se fixer dans les rochers escarpés et couverts de sapins qui dominent le cours supérieur du Doubs. En grimpant à la suite de leur bétail égaré, dans les plus inaccessibles recoins de ces gorges sauvages, des pâtres le découvrirent un jour, et racontèrent en descendant qu'ils avaient trouvé, au plus haut des montagnes, un homme hâve et maigre, comme un autre saint Jean-Baptiste, qui devait vivre en communauté avec les ours, lesquels fournissaient à sa subsistance. De là sans doute la qualification d'Ursicinus ou d'Ourson, qui a remplacé le nom celtique du moine irlandais. Gomme ton-

jours dans les annales de la propagation monasliqne, ces grands exemples de mortification et de courage spirituel, qni excitaient l'admiration et la SNTnpathie des mis, soulevaient la dérision et l'hostilité des aiitn^s. Un riclie lia])itanl du voisinage attira chez lui le solitaire, sous prétexte de l'entendre prêcher; et lui ayant fait boire du vin, dont il n'avait nulle hal)itude, le pauvre saint en fut bientôt incommodé et demanda à se retirer. Alors l'hôte perfide, avec toute sa famille, se mit à siffler le moine avec de grands éclats de rire, en le qualifiant de glouton, d'ivrogne et d'hypocrite, et en le dénonçant comme tel aux populations d'alentour. Ursanne maudit la demeure du traîti'e, et regagna sa solitude. Cette aventure ne le discrédita point : loin de là, il eut des disciples, et le nombre croissant de ceux qui voulaient vivre comme lui et avec lui l'obligea à quitter les chaumières qu'il avait d'abord construites sur les hauteurs pour venir bâtir son couvent dans le fond du défilé et sur le bord de la rivière. On remarque qu'il y avait un logement ])Our les pauvres malades, et qu'il entretenait des bêtes de somme destinées à aller chercher ces malades à distance et a travers les rudes sentiers de ces montai>nes'.

1. Compendium vitx S. Ursicini, ap, ïrouillat, Mo}iuments de T ancien évéchë de Baie. Porentriiy, 1852, t. I, p. 42.

Le petit monastère que notre Irlandais avait fondé fut repris après sa mort et occupé par une autre colonie de Luxeuil, que menait un jeune Trévirois de très noble naissance, nommé Germain (618-670), lequel, à dix-sept ans, malgré le roi, malgré Tévêque, avait tout quitté pour fuir dans la solitude. Il était du nombre de ces recrues qui en venant s'enrôler à Luxeuil avaient effrayé l'abbé Walbert par leur multitude. Celui-ci, ayant recoimu la capacité et la piété du jeune néophyte, lui confia la direction des moines qu'il envoyait dans une vallée du pays des Rauraques, dont Gondoin, premier duc connu d'Alsace, venait de lui faire donation. Cette vallée, assez fertile et bien arrosée, était à peu près inabordable; il fallut que Germain, soit par un prodige, soit par des travaux auxquels il prit la principale part, ouvrit un passage à travers les rochers qui fermaient l'accès du défilé. Ce vallon prit le nom de Mou stier- Grand val , d'après le monastère qu'il gouverna longtemps, en même temps que celui de Saint-Ursanne. L'abbé de Luxeuil, avec le consentement de ses frères, avait expressément affranchi de toute obéissance envers lui ceux d'entre ses religieux qu'il destinait, sous l'autorité de Germain, à peupler ce nouveau sanctuaire. Dans le pays d'alentour, tout le monde aimait ce bienfaisant étranger, qui mourut victime de son zèle

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pour le prochain. Un nouveau duc d'Alsace, Adalric, s'était mis à opprimer les populations et à vexer de toutes les façons les moines de Grandval, en les traitant de rebelles à l'autorité de son prédécesseur et à la sienne. A la tête d'une bande d'Alamans, aussi pillards que belliqueux, il s'approche (lu monastère : Germain, accompagné du bibliothécaire de la connnunauté, va au-devant de l'ennemi. A la vue des maisons incendiées et de ses pauvi*es voisins poursuivis et égorgés par les soldats, il éclate en larmes et en reproches. « Ennemi de Dieu (( et de la vérité, » dit-il au duc, (c est-ce ainsi que (( vous traitez un pays chrétien? et comment ne (( craignez- vous pas de ruiner ce monastère, qu(^ (( j'ai moi-même bâti? » Le duc l'écoute sans s'irriter, et lui promet là paix. Mais comme l'abbé s'en retournait à Grandval, il rencontre sur son chemin des soldats qu'il entreprend également de prêcher : (( Chers fils, ne commettez donc pas tant de crimes (( contre le peuple de Dieu » . Au lieu de les fléchir, ses paroles les exaspèrent ; ils le dépouillent de ses vêtements et l'égorgent ainsi que son compagnon^ .

1. BoBOLENi. VitaS. Germani, â^.TixoviLLAT, Monuments de l'évéché de Baie, t. I, p. 49-53, qui en a donné une version beaucoup plus complète que celle des Acta de Mabillon. — Un savant suisse, M. Alexandre Daguet, a lu à la Société d'Histoire de la Suisse Romande, le 5 juin 1846, un mémoire curieux, intitulé: Momtier- Grandval, centre intellectuel au moyen inje.

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Le corps de ce martyr de la justice et de la charité fut trausporté dans Téglise qu'il avait fait construire à Saint-Ursanne. Déjà, dans l'intervalle écoulé entre la mort du fondateur de l'abbaye et celle du premier martyr de l'illustre lignée de Colomban, ce monastère écarté avait reçu l'empreinte d'un troisième saint, qui, sans avoir passé par Luxeuil, n'en avait pas moins subi l'ascendant du génie et de l'institut de Golomban.

Vandrégisile (600-670) était né près de Verdun, de parents nobles et riches, alliés aux deux maires du palais Erchinoald et Pépin de Landen, qui gouvernaient l'un la Neustrie, et l'autre l'Austrasie, sous l'autorité du roi Dagobert P% fils et successeur de ce Glotaire II que l'on a toujours vu si favorable à Golomban et à ses disciples. Gètte parenté devait valoir au jeune seigneur une position favorisée à la cour du roi, auquel il avait été recommandé^ dès sa jeunesse. Il devint comte du palais, c'est-à-dire juge des causes déférées au roi , (^t préposé à la rentrée des revenus du trésor royal. Mais la puissance et l'ambition ne tenaient plus de place dans son cœur

1, Cet usage de la recommandation, qui se trouve clans laviede presque tous nos saints moines du septième siècle, ne semble pas différer de celui qui a régné pendant tout le moyen âge et Jusqu'au seizième siècle, dans la noblesse. Elle enrôlait seslils parmi les pages des rois ou des principaux seigneurs, pour les y former à l'éducation militaire en môme temps qu'à la vie sociale.

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qu'avait gagné la contagion de tant do grands exemples déjà fournis par la noblesse franque. Renonçant à un mariage arrêté par ses parents, il alla se réfugier auprès d'un solitaire sur les bords de la Meuse. Or, les rois mérovingiens avaient dès lors imposé à tous les nobles francs la défense de prendre l'habit clérical ou monastique sans leur permission, défehse fondée sur l'obligation du service militaire dû au prince, laquelle était l'âme de l'organisation sociale des peuples germaniques. l)agobert vit donc de très mauvais œil qu'un Franc nourri dans la cour royale et investi d'une charge publique se fût ainsi dérobé, sans l'autorisation souveraine, aux devoirs de son rang. 11 lui envoya Tordre de revenir. Gomme Yandrégisile , fort à contre-cœur, arrivait au palais, il vit un pauvre homme dont la charrette avait versé dans la boue devant la porte même du roi. Tous les passants le laissaient là, et plusieurs même lui marchaient sur le corps. Le comte du palais descendit aussitôt de cheval, tendit la main au pauvre voiturier, et tous deux ensemble relevèrent la charrette. Il entra ensuite chez Dagobert, au milieu des huées dérisoires de l'assistance, avec ses vêtements tachés de boue; mais ils parurent resplendissants des feux de la charité aux yeux du roi, qui, touché de cet humble dévouement, lui permit de suivre sa voca-

tion, et interdit à qui que ce fût de l'inquiéter'. Délivré de ce souci, Vandrégisile alla se réfugier auprès du tombeau de saint Ursanne, qui se trouvait situé dans un domaine de sa maison, et dont il agrandit le monastère. Là il s'appliqua à dompter sa chair par des austérités excessives; à lutter, par exemple, contre les tentations de sa jeunesse, en se plongeant pendant l'hiver dans la neige ou dans les eaux glacées du Doubs , et à y rester pendant qu'il chantait les psaumes". C'était là un genre de pénitence inventé et pratiqué par les moines celtiques , comme nous le verrons en racontant la conversion de l'Angleterre, et ce seul trait suffit pour montrer que Vandrégisile avait trouvé sur les bords du Doubs la trace des enseignements et des exemples de Colomban ; elle le conduisit des flancs du Jura à travers les Alpes, jusqu'à Bobbio, où il admira la ferveur des disciples qu'y avait laissés le grand missionnaire irlandais. Ce fut là sans doute qu'il s'éprit, pour la mémoire et l'observance de Colomban, de cette admiration qui le détermina à aller jusqu'en Irlande, afin de rechercher dans la patrie du fondatein- de Bobbio et de Luxeuil les secrets de

1. Pervenit in palatiuin régis et stabat ante eum et satellites ejus quasi agnus in medio luporum. Acta SS. O. S. B., t. II, p. 502-514,

2. Si quanclo in ipsa visione nocturna per lilillationein carnis illusionem habiiisset... mergebat se in fluvium, et ciim esset hyemis tempus in medio glacierumpsalmodiam decantabat. AcrA,etc., p. 506.

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la vie pénitente et de la voie étroite. Mais Dieu , dit un de ses biographes, le réservait pour les Gaules. Après un autre séjour très prolongé à Romain- Moutier, qui venait d'être restauré sous rinlluence de l'esprit de Golomban, il vint à passer par Rouen, où siégeait alors un saint et célèbre évêque, Ouen, qui l'avait autrefois connu à la cour de Dagobert, et qui, lui aussi, avait touché par un coin de sa jeunesse à cette action de Golomban, toujours si féconde, même après sa mort. Le métropolitain de Rouen ne voulut pas se laisser dérober im homme que lui recommandaient à la fois et sa vertu éprouvée et sa grande naissance. G'est ainsi que le biographe de saint Germain nous raconte que l'abbé de Luxeuil chercha longtemps, pour présider à la colonie de Grand val, un moine qui fut à la fois savant, saint et de noble extraction'. Car on voit que la naissance semblait une qualité infiniment précieuse aux saints et aux fondateurs des institutions religieuses d'alors, sans doute parce qu'elle donnait aux chefs de conmiunauté le prestige nécessaire pour tenir tète, même matéinellement, aux usurpations et aux violences des grands et des seigneurs dont les possessions entouraient celles des nouveaux monastères. L'évêque Ouen im[)Osa donc les ordres sacrés à son ancien ami et compagnon,

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