‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 255 sur 274 · Vita secundo, c · texte numérisé non relu

Vita secundo, c

2. Hic ille est Telbaldus Vernonensis.qui iKultoriiiu gesla sanctorum, sed et S. Wandregisili a sua latinilaLe transtulit atque in communem linguaeusum satisfacunde retulit, acsicadquaindam tinnuli rliylhmi siinilitudinein urbanas ex illis canlilenasedidit. Act. SS. O. S. B., seec. ni, p. l, p. 361, in Vita S. Vulfram. — L'abbaye de Fontenelle, située i>rès de Caudebec, prit, comme tant d'autres, le nom de son fondateur et fut illustrée, pendant le huitième siècle, par une longue suite de saints. Jusqu'en 1790 elle formait, avec Jumièges, l'un des plus beaux ornements des bords de la Seine. Aujourd'hui, des quatre églises édifiées par Vandrégisile, et dont la principale, l'église abbatiale, avait été magnifiquement reconstruite au treizième siècle, il ne reste plus rien. En 1828, leurs ruines étaient encore belles et admirées; depuis lors, le propriétaire, M. Cyprien Lenoir, a employé la sape pour les renverser : les pierres des meneaux et des colonnes ont été employées à paver lesclieminsdu voisinage. Un Anglais, plus intelligent que les barbares successeurs des contemporains de Dagobert, a acheté des fragments considérables de ces précieux débris et les a fait transporter au delà de la Manche pour les relever dans son parc. Le monastère, reconstruit et réformé sous Louis XIV, par la congrégation de Saint-Maur, subsiste encoie, transformé eu filature. On admire le cloître, monument des quatorzième et seizième siècles. Yo'u'V Essai sur Samt-Vandr ille, par M. Lvnglois, etlesavant et très utile ouvrage intitulé les Églises de l'arrondissement d'Yvetot, par M. l'abbé Cochet, 1854, t. 1, p. 49 à 73.

voguaient sur la Seine, de Rouen à la mer, on montrait aux voyageurs les sièges grossiers qui servaient au saint fondateur et à ses deux plus intimes voisins et amis, larchevêque Ouen et Philibert, le fondateur de Jumièges, lorsque ceux-ci venaient à Fontenelle, et que ces trois leudes convertis se laissaient aller à de longues et douces conférences, où l'attente des joies du ciel et la terreur des jugements divins se mêlaient à' de nobles sollicitudes ponr le triomphe de la justice et de la paix dans la patrie des Francs ^ .

Il ne reste rien ou presque rien des splendeurs architecturales de Saint- Vandrille ; mais les tours ruinées de Jumièges témoignent aujourd'hui même aux rares voyageurs qui naviguent sur la Seine de la magnificence d une autre abbaye, plus célèbre encore, qui fut longtemps le plus bel ornement de cette partie de la Neustrie, à laquelle les Normands ont donné leur nom, et qui, comme Fontenelle, se rattache par son fondateur, saint Philibert (610-685), à l'œuvre et à la lignée de Golomban. D'ailleurs, la vie des deux fondateurs offre de nombreuses ana-,

1. Monstrabanlur... grabata et sedes ubi,.. considère soliti essent... quorum oratio non aliaerat quam... de paradisi deliciis et géhennes suppliciis...dejustitia quoque... àc patriœ salute... etpaceomnibus prœdicanda. Vita, c. 17. — Encore une preuve de l'ignorance des auteurs modernes qui ont prétendu que le mot et l'idée de patrie étaient inconnus au moyen âge.

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logios. Comme Vandregisile, le jeune Philibert fut recommandé par son père au roi Dagobert, et à vingt ans quitta la cour et la vie militaire pour la vie claustrale. Gomme lui, et plus directement encore que lui, il fnt imbu de l'esprit de Golomban, ayant été moine et abbé au monastère de Rebais, fille immédiate de Luxeuil, avant d'aller faire son pèlerinage à Luxeuil même, à Bobbio et dans les autres communautés qui suivaient la règle irlandaise. Lui aussi avait été lié, dès sa jeunesse, avec saint Ouen, le puissant archevêque de Rouen, et ce fut dans ce même diocèse qu'il se fixa définitivement pour y élever la grande abbaye qui, comme Fontenelle, fut dotée des bienfaits de Clovis II et de la sainte reine Bathilde.

Philibert allait souvent visiter son voisin Vandregisile ; il l'imitait en travaillant avec ses religieux au défrichement des terres concédées dont ils firent des champs et des prés d'une merveilleuse fécondité, et il eut comme lui à braver Tanimosité des forestiers royaux qui lui volaient ses chevaux ( le transport ou de lal)our . Gomme Fontenelle encore, Jumièges fut bâtie sur le site d'un ancien château gallo-romain que devait reuiplacer ce que les contemporains appelaient a le noble château de Dieu ». Mais, située aux bords mêmes de la Seine et dans une presquMle formée par les sinuosités du fleuve.

l'abbaye de Philibert était plus accessible par eau, et devint bientôt le centre d'un grand commerce. On y voyait aborder les mariniers bretons et irlandais qui apportaient aux religieux de quoi fournir à leur vêtement et à leur chaussure en échange de leurs blés et de leurs bestiaux. Philibert exigeait que, dans tous les échanges avec les voisins ou les étrangers, on leur fît toujours des conditions plus profitables que n'avaient coutume de le faire les laïques. Les moines se livraient avec succès à la pêche des cétacés qui remontaient la Seine, et dont ils tiraient de l'huile pour éclairer leurs veilles. Ils équipaient aussi des navires sur lesquels ils s'embarquaient pour aller au loin racheter les captifs et les esclaves.

Une partie sans doute de ces captifs contribuait à grossir le nombre des moines de Jumièges, qui s'élevait à neuf cents, sans compter les quinze cents servants qui y remplissaient l'office de frères convers. Ils étaient soumis à une règle composée par Philibert, d'après ses observations attentives sur les nombreux monastères de France, d'Italie et de Bourgogne, qu'il avait visités dans ce but. Elle lui fut empruntée par la plupart des communautés qui se créèrent alors en Neustrie à l'instar de la sienne, et dont Jumièges devint le foyer où les abbés et les religieux venaient se former ou se

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retromper à l'envi. Il y avait combiné les enseignements des Pères d'Orient, tels qne saint Basile et saint Macaire, avec les préceptes des deux grands patriarches monastiques d'Occident, Benoît etColomban. Mais l'influence de Golomban devait naturellement être prépondérante par suite de la première éducation monastique de Philibert, comme aussi de ses longs séjours à Luxeuil et à Bobbio. On voit aussi que dans la grande église qu'il fit construire pour son abbaye, et dont la magnificence, attestée par un récit contemporain, nous étonne, il avait élevé un autel en rhonneur de Golomban, et de lui seul, parmi tous les saints dont il avait étudié et pratiqué les règles ' .

Philibert survécut près de vingt ans à son ami, à son voisin, à son émule Yandrégisile. Il eut pour successeur un noble Poitevin nommé Aïchadrc, auquel se rattache une légende écrite deux siècles plus tard, mais qu'il faut rapporter ici comme une preuve du nombre toujours si considérable et de la piété angélique des religieux de la grande abbaye neustrienne. Selon ce récit, Aïchadre, qui gouvernait les neuf cents moines dont on a parlé plus

1. Vila S. Wandregisili, c. 17. — VUa S. PhiUberti, c. 1. 5, 6, 7, 8, l'j, 15, 20, 21 et 32. — VUa S. AichadrL c. 21. — Philibert fonda, outre Jumièses, l'abbaye de Noirnioulier, dans une île des côtes du Poitou, etcelle de Monlivillers, j>oui les lilles, dans le pays de Cau\.

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haut, se sentant à la veille de monrir et craignant qu'après sa mort ses religieux ne tombassent dans les embûches dn péché, pria le Seigneur d'y pourvoir. La nuit suivante, il vit un ange qui parcourait le dortoir des religieux : cet ange en toucha quatre cent cinquante de la verge qu'il tenait, et promit à l'abbé que dans quatre jours ils quitteraient la vie, et C[ue lorsque son tour serait venu, ils iraient au-devant de hii dans le ciel. L'abbé, ayant averti ses frères, les prépara à l'heureux voyage. Ils prirent ensemble le viatique et vinrent ensuite tenir chapitre avec ceux des leurs que Fange n'avait pas marqués. Chacun des élus se plaça entre deux de ces derniers, et tous entonnèrent ensemble les chants du triomphe. Bientôt la figure de ceux qui devaient mourir commença à i^esplendir, et sans donner le moindre signe de douleur, les quatre cent cinquante passèrent de cette vie à l'autre : le premier cent à l'heure de tierce, le second à sexte, le troisième à none, le quatrième à vêpres, et les derniers à complies. Pendant huit jours on célébra leurs obsèques ; et ceux qui leur survivaient pleuraient de n'avoir pas été jugés dignes de les suivre ^ . L'esprit des siècles de

1. AcTA SS. BoLL\ND., t. V. Scptemb., p. 10t. M4billon, Act4 SS. O. S. B., sœc. II, t. II. p. 9.30. Selon une antre version, les 450 moines désignés mouriirenl en trois jours. — Celte légende rappelle

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foi était fait de telle sorte que de pareils récits augmentaient le nombre des vocations religieuses, et contribuaient à enraciner les grandes fondations monastiques dans le cœur des peuples.

Colonies de Luxeiiil en Brie et en Cliampasiie.

L'évêque Ouen, dont l'inlluence et le concoiu^s avaient doté le diocèse de Rouen des deux puissantes abbayes de Fontenelle et de Jumièges, se rattache à (]olomban par un souvenir de ses premières années. Le grand moine irlandais était partout signalé par son amom^ pour les enfants et la bonté paternelle qu'il leur témoignait. Lors de son exil , et pendant son voyage de la cour du roi de Neustrie à celle du l'oi d'Austrasie, il s'était arrêté dans un château situé sur la .Marne et qui appartenait à un seigneur franc ' , père de trois fils, nommés Adon, Radon et Dadon, dont deux encore en bas âge. Leur mère les amena au saint exilé pour qu'il les bénît; cette bénédiction leur porta bonheur, et domina leur vie. Tous les trois furent

i-.eUe de saint Gwcnnolé, fondateur de l'abbaye de Landevenec, en Bretagne, mis en beaux vers par un poète breton de nos jours, M. Brizeux. Revue des Deux Mondes, 15 octobre 1857, p. 886. 1. Il s'appelait Autharis, cl son cliillcau Eussy.

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d'abord, comme toute lajemie noblesse franque, envoyés à la cour du roi, c'est-à-dire de Glotaire II, puis de son tîls Dagobert P', qui, pendant un certain temps, régnèrent seuls sur les trois royaumes francs. L'aîné des trois frères, Adon, fut le premier à rompre avec les grandeurs et les plaisirs de la vie séculière : il fonda sur le sol de son patrimoine, et sur une hauteur qui domine la Marne, le monastère de Jouarre, qu'il soumit à la règle de Golomban, et où il se fit lui-même moine. Presque aussitôt il se forma, à côté de cette première fondation, une autre communauté de A^erges, destinée à devenir beaucoup plus illustre et associée, mille ans plus tard, par une lutte singulière et scandaleuse, à l'immortelle mémoire de Bossuet.

Radon, le second des frères, qui était devenu trésorier de Dagobert, imita son frère aine et consacra également sa part de l'héritage paternel à la fondation d'mi autre monastère, aussi sur la Marne, et qui s'appela d'après lui Reuil [Radolium) . .

Restait le troisième, Dadou, qui prit ensuite le nom d'Ouen (Audoenus). Il était devenu le plus cher des leudes de Dagobert et son principal confident : il avait même reçu de lui la charge de référendaire OLi de garde du sceau dont, selon l'usage des rois francs, tous les édits et actes* de l'autorité publique étaient scellés. Il n'en suivit pas moins

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l'exemple de ses frères et l'inspiration que la bénédiction de Colomban avait déposée dans leurs jeunes cœurs ' . Il chercha dans les forêts qui couvraient alors la Brie un lieu convenable à la fondation qu'il voulait créer et doter. Il le trouva enfin près d'un torrent nommé Rebais, un peu au midi des sites choisis par ses frères ; c'était une clairière qui lui avait été montrée pendant trois nuits de suite par une nuée resplendissante en forme de croix. Il y fit construire un monastère quia gardé le nom de ce torrent, quoique Ouen lui eut d'abord donné celui de Jérusalem, comme un symbole de la paix fraternelle et de la vie contemplative qu'il comptait y faire régner ". Ce fut là qu'il voulut aussi, comme ses frères, achever sa vie dans la

1. JoNAS. VitaS Columbani, c. 50. — S. Audoex., Vita S. Eligii, f, c, 8. — Vita S. Agili, c. 14.

2. Vita S. Agili, c. 18-19. — Si l'on prend une ancienne carie de Champagne, on verra que les trois monastères de Jouarre, de Reuil (réduit au rang de prieuré sous Cluny) et de Rebais, forment une sorte de triangle entre la Marne et le Morin. Les pierres de l'église abbatiale de Jouarre, démolie depuis la Révolution, ont été employées au Pont de la Ferté-sous-Jouarre; mais la crypte ^subsiste encore, et M. deCaumont y a récennneat retrouvé l'inscription qu'avait déjà publiée Mabillon en l'honneur de la première abbesse de celte célèbre communauté :

« Hic meinbra i)ost ultima teguntur [ fata sepulcro bealœ | Théodiecheldis intemeratee virginis génère nobilis meritis fulgens | Strenua moribus flagrans in dogmate alnio [ Cenobii hujus mater sacralas Deo virgines sumentes oleuin cum lampadibus prudentes invitât | sponsoHlias occurrere X". Exultât Paradisi ingloria. » Bulletin monumental, t. IX, p. 186.

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retraite; mais ni le roi ni les autres leudes ne voulurent y consentir, il lui fallut rester quelque temps encore à la cour mérovingienne, jusqu'au jour où il fut élu évêque (en même temps que son ami p]loi; , par le consentement unanime du clergé et du peuple.

Il exerça dans toute la province de Rouen une sorte de souveraineté à la fois spirituelle et temporelle ; car il avait obtenu du roi de Neustrie un privilège d'après lequel on ne pouvait y établir sans son aveu ni évêque, ni abbé, ni comte, ni aucun autre juge ' . Pendant ces quarante-trois ans de pontificat (639-683) , il changea la face de son diocèse, enle couvrant de fondations monastiques dont Fune, située à Rouen même, a gardé son nom, consacré pour l'art et l'histoire par cette merveilleuse basilique qui est encore aujourd'hui le monument le plus populaire de la Normandie.

Mais Ouen n'avait pas laissé sa chère fondation de Rebais sans un chef digne de présider à son avenir. Il le voulait imbu de l'esprit du grand saint dont la mémoire lui resta toujours si chère '. Il fit donc venir de Luxeuil le moine qui lui semblait le mieux personnifier l'institut de Colomban. C'était Agile, le fils de ce seigneur qui avait obtenu du roi

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