Voir plus haut, p
sorte de province monastique relevant de Luxeuil. Burgundofara y vécut quarante ans en y observant fidèlement la règle de Golomban, et elle sut la maintenir virilement contre les perfides suggestions du faux frère Agrestin , qui vint la trouver pour essayer de l'engager dans sa révolte contre Eustaise et les traditions de leur commun maître. « Je ne (( veux pas, » lui dit-elle, « de tes nouveautés; et « quant à ceux dont tu es le détracteur, je connais (( leurs vertus, j'ai reçu d'eux la doctrine du salut, (( et je sais que leurs enseignements ont ouvert à « plusieurs la porte du ciel. Dépêche-toi de sortir « d'ici et de renoncer à ta folle idée. »
Le frère aîné de Burgundofara, Gagnoald, était, comme on l'a dit plus haut, déjà moine à Luxeuil , et fut le compagnon fidèle de Golomban pendant sa mission chez les Alamans ; il devint ensuite évêque de Laon. Son autre fi^ère , qui, comme sa sœur, n'a gardé pour la postérité que le nom de son rang , celui de Faron ou Baron , fut aussi évêque à Meaux, au centre des domaines de la famille. Mais avant d'embrasser l'état ecclésiastique, il s'illustra à la guerre et prit une très grande part à la campagne victorieuse de Glotaire II contre les Saxons. On sait comment, selon la tradition ordinairement reçue , Glotaire déshonora sa victoire en faisant massacrer tous les [)risonniers saxons dont
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la taille dépassait la hauteur de sou épëe. Farou avait pu au moius dérober à la cruauté do son roi les envoyés du roi saxon, chargés d'une mission insolente pour le roi des Francs et que celui-ci avait ordonné de mettre à mort. Faron les fit baptiser, et dit ensuite au roi : « Ce ne sont plus des Saxons, (( ce sont des chrétiens » ; sur quoi Clotaire leur fit grâce. S'il faut en croire un de ses successeurs sm* le siège de Meaux, qui a écrit sa biographie deux siècles plus tard, la gloire de Faron éclipsait celle de Clotaire lui-même, comme il était arrivé à David du temps de Saûl, dans les chants populaires que les paysans et les femmes même répétaient à F envi ^
1. Ex qua Victoria carmeii publiciiin jaxla rusticitatem per omnium pêne volitabat ora ita canentiuin, feminaeque clioros inde plaudendo componebant :
De Clothario est cauere Rege Francorum ,
Qui ivit pugnare in gentem Saxonum ,
Quam graviter provenisset missis Saxonum ,
Si non fusset inclytus Faro de gente Burguiidionum.
Et in fine hujus carminis :
Quando veniunt missi Saxonum in terram Francorum
Faro ubi erat princej)s,
Instinclu Dei transeunt per ui-bem Meldorum,
Ne interliciantur a rege Francorum.
HiLDEGAïui Meld. Episcop., VUtt S. Faronis, c, 72-78. Cf. Rett- BERG, t. II, p. 394. — M. Léon Gautier, dans son vaste et savant travail sur les Épopées françaises (Paris, 1865, 1. 1, p. 31), a parfaitement démontré la valeur de ce chant populaire, comme preuve de la persistance des cantilènes germaniques pendant toute la période mérovingienne.
Le généreux Faron eut encore, selon le même auteur, à lutter contre Clotaire , dans une occasion qui dut laisser de longs souvenirs dans le cœur reconnaissant du petit peuple. Un jour que le « chevalier de Dieu » accompagnait le roi à la chasse , une pauvre femme sortit du bois et se mit à poursuivre le roi de ses plaintes en lui exposant sa grande détresse. Clotaire, importuné, s'éloigna au galop. Faron, tout en Tescortant, lui tint un langage où l'on voit comment la noble liberté des mœurs germaines s'employait au service de la charité et de la vérité : « Ce n'est pas pour elle que « vous implore cette pauvresse , mais pour vous- (( même. Sa misère pèse lourdement sur elle ; mais (( la responsabilité de la royauté qui vous est con- « fiée pèse encore plus sur vous. Elle vous confie (( ses intérêts, comme vous confiez les vôtres à (( Dieu. Elle vous demande bien peu de chose (( auprès de tout ce que vous demandez chaque « jour à Dieu. Comment pensez-vous qu'il vous (( écoutera, alors que vous détournez l'oreille de (( sa pauvre petite créature qu'il a commise à votre <( garde? » Le roi répliqua : « Tous les jours et (( dans tous les recoins je suis pourchassé par des « cris pareils : mes oreilles en sont étourdies ; j'en (( suis tout dégoûté et exténué » . Là-dessus , il se lança sous bois, et se mit à sonner du cor de toutes
ses forces pour exciter ses chiens. Mais au bout de quelques instants son cheval s'abattit , et le roi se blessa gravement au pied. 11 reconnut alors qu'il avait eu tort. Le leude qui lui parlait avec une si chrétienne franchise était bien fait pour être évêque. Aussi renonca-t-il bientôt à sa femme ' et au monde, et, devenu évêque de Meaux, il consacra son patrimoine à fonder des monastères pour y recueillir les Anglo-Saxons qui, récemment convertis à la foi chrétienne , commençaient à affluer chez les Francs , et dont les filles venaient en grand nombre prendre le voile à Faremoutier. Il fit de même pour les Scots ou Irlandais , qu'il avait en dévotion particulière , et en qui il honorait sans doute , par une tradition domestique , la mémoire de leur compatriote Colomban ^.
A qui voudrait étudier plus avant la double
1. Voir plus haut, page 571, dans la noie sur la tonsure , la curieuse anecdote sur cette femme et ses cheveux.
2. Miles Christi cum eo equitans... Non haec paupercula tristi dolore clamât pro se, sed pro te. Quamvis illa angustetur lacrymabili corde , tibi angustandum est potius pro commisso regimine. Illa in te spem ponit humili prece pro se, et lu de propriis rébus in Deo pro te... Quomodo enim Maximus... quando suœ tibi commisses pauperculœ nec etiam curas attendere... Ad haec rex : Omnium dierum accessus et subrecessus tali moas sollicitant aures nausea fréquenter diverberatas , et ad haec curandum continue animus sopilur lassatus. ïunc cornu curvo plenis buccis anheliter latralus canum acuit. Hildeoarius, c. 81-8i, ap. Act. SS. 0. S. B,, t. U, p. 591.
action des émigrés irlandais et des colonies de Luxenil dans cette partie de la Ganle franque qui s'est depuis appelée l'Ile-de-France et la Champagne, il faudrait montrer, parmi les Hibernois recueillis par saint Faron , saint Fiacre (640-670), que nous avons déjà vu occupé à transformer en jardins les clairière du bois que lui avait donné Tévêque de Meaux, et à y cultiver pour les pauvres ces légumes qui lui ont valu d'être proclamé jusqu'à nos jours le patron des jardiniers ' . Non loin de lui on trouverait un autre Irlandais , saint Furcy (650), venant se reposer , comme premier al)bé de Lagny-sur-Marne , des fatigues d'une vie aussi usée par la prédication que troublée par cette fameuse vision de l'enfer et du ciel, qui figure ajuste titre parmi les nombreuses légendes du moyen âge, avant-courrières de la Divine Comédie^, et dont il était sorti avec la mission spéciale de dénoncer, comme les causes principales de la perte des âmes , la négligence des pasteurs et les exemples des mauvais princes \ Il faudrait encore visiter, aux portes de Troyes, Mou tier-la-Gelle, construit dans une île marécageuse plus propre à porter des reptiles que des hommes,