Ihid
3. VAlvernia, près de Chiusi, dans le Casentin, où un monastère
moines, et après avoir baigné de ses larmes le sol de ce glorieux champ de bataille, il voulut y planter deux rosiers. Les rosiers de saint Frauçois y ont crû et ont survécu aux ronces bénédictines. Ce jardin, deux fois sanctifié, occupe encore une sorte de plateau triangulaire qui se projette sur le flanc du rocher, un peu en avant et au-dessous de la grotte qui servait de gîte à Benoît. Le regard, confiné de Ions côtés par les rochers, n'y peut errer en liberté que sur l'azur du ciel. C'est le dernier des lieux sacrés que Ton visite et que Fou vénère, dans ce célèbre et unique monastère du Sagro Speco, qui forme comme une série de sanctuaires superposés les uns aux autres et adossés à la montagne qu(^ Benoît a immortalisée. Tel fut le dur et sauvage berceau de l'Ordre monastique en Occident. C'est de ce tombeau où s'était enseveli tout vivant cet enfant délicat des derniers patriciens de Rome, qu'est née la forme définitive de la vie monastique, c'està-dire la perfection de la vie chrétienne. De cette caverne et de ce buisson d'épines sont issues ces
célèbre indique le lieu de la sigmatisatioii du patriarche de l'Ordre des frères Mineurs.
Nel crudo sasso intra Tevere ed Arno Da Cliristo prese l'ultimo sigillo Che le sue membra duanni portariio.
Dante, Paradiso, c. xi Saint François vint à Subiaco en 1223.
légions do moines et de saints dont le dévouemenl a valu à l'Église ses conquêtes les plus vastes et ses gloires les plus pures. De cette source a jailli Tintarissable courant du zèle et de la ferveur religieuse. Là sont venus, là viendront encore tous ceux à qui l'esprit du grand Benoît inspirera la force d'ouvrir de nouvelles voies ou de restaurer l'antique discipline dans la vie claustrale. Tous y reconnaissent le site sacré que le prophète Isaïe semble avoir montré d'avance aux cénobites par ces paroles d'une application si merveilleusement exacte : Attendite ad petram de qua excisi estis, et ad ca- VERNAM LACi de qua prœcisi estis. Il faut plaindre le chrétien qui n'a pas vu cette grotte, ce désert, ce liid d'aigle et de colombe, ou qui, l'ayant vu, ne s'est pas prosterné avec un tendre respect devant le sanctuaire d'où sortirent, avec la règle et l'institut de saint Benoît, la fleur de la civilisation chrétienne, la victoire permanente de l'âme sur la matière, l'affranchissement intellectuel de l'Europe et tout ce que l'esprit de sacrifice, réglé par la foi, îijoute de grandeur et de charme à la science, au travail, à la vertu \
La solitude du jeune anachorète ne fut pas long-
1 ... Pétrarque, qui visita Sublaco, dit : Illudimniane et devotum «pecus, quod qui viderunt vidissc quodammodo ParacUsi limen tredunt. De Vita solit., lib. ii, c. 9.
temps respectée. Les fidèles d'alentour qui venaient lui porter de quoi nourrir son corps demandaient en retour à sa parole le pain de vie. Les religieux d'un monastère voisin, situé près de Vico Varo (le Varia d'Horace), obtinrent de lui, à force d'instances, qu'il viendrait les gouverner; puis, révoltés par son austérité, ils essayèrent de l'empoisonner. Il fit le signe de la croix sur le vase qui contenait le poison, et le brisa comme s'il l'avait frappé d'une pierre. Il quitta ces moines indignes pour rentrer avec joie dans sa chère caverne et n'y vivre qu'avec lui-même*. Mais ce fut en vain : bientôt il s'y vit entouré d'une telle foule de disciples que, pour leur donner un asile, il fut contraint de fonder dans le voisinage de sa retraite douze monastères peuplés de chacmi douze religieux-. Il en garda quelques-uns auprès de lui pour les diriger lui-même ; et le voilà définitivement érigé en supé-