Episl., XI
2. Dans plusieurs églises et pendant plusieurs siècles on chantait, avant l'introït du premier dimanche de l'Avent, une prose en l'honneur de saint Grégoire, où se trouvent ces vers :
Tradidit hic cantum populis normamque canendi, Quod Domino laudes référant noctuque dieque.
Geubeut, de Cant., et Mus. sacr. 1. 1, lib. ii, ap. Lau, 243.
168 SAINT CiRÉGOmE LE GRAND
Benoît lui révélait sept fois par jour les richesses et les inépuisables consolations. Il eut la gloire de donner au chant ecclésiastique ce caractère suave et solennel, en même temps que populaire et durable, qui a traversé les siècles et auquel il faut toujours revenir après les aberrations trop prolongées de l'esprit de frivolité ou d'innovation. Il dressa lui-même dans son Antiphonaire le recueil des chants anciens et nouveaux ; il composa le texte et la musique de plusieurs hymnes que l'Eglise chante encore de nos jours; il étabht à Rome la célèbre école de musique religieuse où la Gaule, la Germanie, l'Angleterre, toutes les nations chrétiennes vinrent tour à tour puiser en essayant avec plus ou moins de bonheur de s'assimiler la pureté des modulations italiennes ^ Une gracieuse légende répandue au moyen âge montre le grand effet qu'avait produit sur l'esprit de tous ces peuples le service rendu par Grégoire : à l'en croire, c'est en considérant l'attrait exercé par la musique profane
1. Tous les historiens de la musique ont cité le tableau grotesque que fait le biographe italien de saint Grégoire des efforts tentés par les Allemands elles Français du i\^ siècle pour se mettre à Tunisson des chantres de l'école grégorienne : a Alpina siquidem corpora vocum suarain tonitruis altisone perrepentia, susceptœ modulationis dulcedinem, proprie non résultant : quia bibuli gutturis barbara levitas, dum in llexionibus et repercussionibus milem nititur edere canlilenam, naturali quodam fragore, quasi plaustra per gradus confuse sonantia rigidas voccs jactat... Joan. Duc, ir, 7.
qu'il fut entraîné à chercher si l'on ne ponvait pas, comme David , consacrer la mnsique à l'honneur de Dieu. Et comme il rêvait une nuit à ce sujet, il eut une vision où l'Église lui apparut sous la forme cFune muse magnifiquement parée, qui écrivait ses chants , et qui en même temps rassemblait tous ses enfants sous les plis de son manteau : or, sur ce manteau était écrit tout l'art musical avec toutes les formes des tons, des notes et des neumes, des mètres et des symphonies diverses. Le pape pria Dieu de lui donner la faculté de se rappeler tout ce qu'il voyait ; et après son réveil apparut une colombe qui lui dicta les compositions musicales dont il a enrichi TÉglise* .
Un souvenir plus authentique est celui de la petite chambre occupée par lui dans l'école de chant qu'il avait fondée près du Latran, et où l'on voyait encore, trois siècles après sa mort, le lit sur lequel il se reposait en chantant lui-même, et le fouet qui lui servait à corriger les enfants dont il siu^veillait l'éducation musicale".
Faut-il maintenant descendre jusqu'à réfuter, après tant d'autres, les accusations calomnieuses portées contre saint Grégoire par d'aveugles enne-
1. JoANN. Presbyt., de Musica, quomodo per B. Gregorium perinventa, 1. m, ap. Gerbert, op. cit., lib. n, pars ii, c. 1.