OzANAM, fragment déjà cité
(le décadence. Elle naissait chez lui de la vie intérieure. Ses écrits sont d'un moine. Nul n'a mieux connu Pâme humaine, n'en a plus intimement analysé les misères et les besoins , n'a plus clairement et énergiquement indiqué le remède à ces maux. Nul n'a mieux trouvé, grâce aux secrets de sa vocation primitive, les expressions nouvelles qu'il fallait au génie nouveau du christianisme, à ces vertus nouvelles, inconnues de la langue comme du cœur des païens. Nul n'a plus de droit à être regardé (îomme le créateur de ce grand style chrétien, qui j)énètre dans l'âme par des voies inaccessibles à l'émotion profane et la domine en l'enveloppant de la lumière d'en haut.
Ajoutons que nul n'a parlé ni écrit avec une autorité plus grande et mieux reconnue par la postérité ; que nul n'a plus complètement formulé la constitution et la doctrine de l'Église.
Nous avons déjà nommé son Sacramcntaire , qui a fixé le chant, la langue et les formes de la liturgie, ainsi que ses Dialogues, qui ont servi de type à l'hagiographie du moyen âge. Signalons en outre son Pastoral, où il pose les règles qui doivent présider à la vocation, à la vie, a la doctrine des pasteurs, et où il entremêle à ces enseignements de touchants et nobles retours sur sa propre infirmité. On l'a dit avec raison : ce livre donna la forme et la vie
atout le corps hiérarchique et fit les évêques qui oui fait les nations modernes \ Puis viennent ses admirables travaux sur FÉcritiu'e sainte, et par-dessus tout les trente-cinq livres des Moralia, ou commentaires du liA^T de Job, commencés à Constantinople avant son élection, et continués pendant son pontificat, qui popularisèrent les secrets de l'ascétisme, en développant les traditions les plus élevées de l'interprétation biblique, et méritèrent de servir, pendant tout le moyen âge, de base à l'enseignement de la théologie morale. De nos jours, ce qu'on lira avec le plus d'intérêt , ce sont ses treize livres iV Épi très, recueil de cette immense correspondance où il promulguait chaque jour et selon les besoins du temps la législation usuelle de FEglise, où son infatigable regard va visiter de Tlrlande au Caucase les coins les plus reculés du monde chrétien , et où il a tracé le tableau vivant de son époque en mémo temps que les annales de ce grand gouvernement des âmes et même des intérêts temporels, qu'il exerçait avec tant de justice, de prudence, d'activité, de discrétion et de compassion.
Il fut en outre un prédicateur éloquent et infatigal)le, et il attachait une très grande importance à ce que ce devoir fut accompli par les autres évê-
ques conuno par lui-même'. Il s'y consacrait sans relaclio, même au milieu des plus graves embarras de sa charge. Ses vingt-deux homélies sur Ézéchiel furent prononcées par lui devant le peuple, comme on l'a dit phis haut, pendant le siège de Rome par les Lombards. De ses quarante homélies sur l'Évangile, vingt furent prêcheés par lui-même, et les vingt autres lues au peuple par un notaire à cause des cruelles souffrances qui Tempêchaieiit de monter en chaire.
Tliéologien, philosophe, orateur, a ce triple titre il mérita de prendre place, dans la vénération de la chrétienté, à côté d'Augustin , d'Ambroise et de Jérôme, d'être rangé avec eux parmi les quatre docteurs par excellence de l'Église d'Occident, et de siéger ainsi au premier rang de cet ordre doni il a dit lui-même : In Ecclêsia ordo doctorum quasi rex prœsîdet, quem ftdelium suorum turba circumstat'-.
Lui-même ne se fut jamais jugé digne d'un tel honneur, car il méprisait ses propres œuvres. Il ne composa ses Morales que sur les instances de son ami saint Léandre, et avant de lui remettre ce travail qui lui était dédié, il voulut le soumettre au jugement de divers monastères de Rome. Il ne le