Epist., XII, 2i
2. Super montemexcelsuinascende, qui evangelizas Sion. Is., xi, 9.
PONTIFE Eï DOCTEUR. 177
prochain ! moi qui suis eu présence de Dieu à la fois verbeux et muet : muet quand il faudrait parler, verbeux quand je devrais me taire ! Mais voici que la parole de Dieu sur la vie des prédicateurs me contraint de parler. Je ne puis plus me taire et je tremble encore de me frapper moi-même en parlant. Parlons pourtant, parlons afin que le glaive de la parole divine aille percer le cœur du prochain en traversant le mien. Parlons, parlons, afin que le discours de Dieu retentisse contre moi-même par ma propre voix. Ah! je ne nie pas que je sois coupable; je vois ma torpeur et ma néghgence. Peut-être l'aveu de ma faute obtiendra-t-il mon pardon de la pitié de mon Juge. Aussi bien, quand je vivais encore dans mon cher monastère, je savais contenir ma langue et m 'appliquer presque continuellement à l'oraison. Mais depuis que mon cœur porte le joug de la charge pontificale, mon esprit, morcelé entre mille soucis divers, ne peut plus se recueillir. Il me faut juger les causes tantôt des églises, tantôt des inonastères ; peser souvent la vie et les actes de chacun; aujourd'hui prendre sur moi les affaires de la cité, demain gémir sur les assauts sanglants des Barbares et redouter pour mon troupeau les embûches des loups; puis encore ne rien négliger pour venir au secours de ceux que leur règle enchaîne; ici, supporter tran-
quillemeivt les spoliateurs, et là, leur résister sans blesser la charité. Quand donc ma pauvre âme, déchirée et comme écartelée par de si graves et si nombreuses préoccupations, quand pourra-t-elle rentrer en elle-même afin de se concentrer dans la prédicatio'ii et de ne pas déserter le ministère de la parole?. . . Hélas ! quelle sorte de prédicateur suis-je donc? Au lieu d'être debout sur la montagne des bonnes œuvres, me voici gisant dans la vallée des infirmités ! Mais le Créateur et le Rédempteur du genre humain peut donner à mon indignité et l'élévation de la vie et l'efficacité de la parole ; et pour l'amour de lui, je ne veux pas m'épargner. Disons donc que la vie du prédicateur doit être toujours haute et toujours circonspecte : toujours haute, afin de ne jamais succomber à l'amour des choses de la terre ; toujours et partout circonspecte, afin d'échapper aux traits de l'ennemi caché. Mais il ne lui suffit pas de vivre en haut ; il faut encore que sa parole attire en haut ses auditem^s et allume en eux l'amour de la céleste patrie. Il ne peut réussir que si sa parole est embrasée par la flamme qui consume sa vie; car une lumière qui ne brûle pas en elle-même ne saurait allumer ce qui l'approche. La Vérité a dit de saint Jean qu'il était im flambeau brûlant et lumineux : brûlant par le désir du ciel, huuineux par l'éclat du Verbe. La vérité de la
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prédication commande donc la liautenr de la vie^ . »
On reconnaît bien, dans ces paroles enflammées, l'humilité passionnée du pontife qui, eu voyant un abbé persan se prosterner à ses pieds, s'agenouilla lui-même devant cet Oriental pour l'en empêcher".
On y reconnaît aussi l'hiunilité du moine; ce qui nous rappelle que c'est avant tout le moine qu'il nous appartient de montrer dans le grand pape, dont nous avons peut-être parlé trop longuement. D'ailleurs, tout dans sa vie publique, dans son règne immortel, dans ses écrits surtout, porte l'empreinte ineffaçable de son éducation et de son esprit monastique. Il ne nous l'este qu'à dire ce qu'il fit pour régler et accroître le progrès de l'Ordre dont il fut, après saint Benoît, le principal oinenient, le second législateur et, selon quelquesuns, le véritable fondateur en Occident.