Evagre, Rerutn monachaliuin rationes, 5, P. G., XL
sont devenues désertes à cause d'eux i. » Le saint abbé Macairé avait annoncé ce malheur depuis longtemps. « Quand vous, verrez une cellule bâtie auprès du marais, avait-il dit, sachez que la désolation approche de Scété ; quand vous y verrez des arbres, sachez qu'elle est à la porte; quand vous y verrez des enfants,. prenez vos manteaux et partez?. » Les anciens de cette solitude ne voulaient même pas supporter au milieu d'eux un adolescent dont les traits, insuffisamment formés, avaient quelque chose du visage féminin.
L'abbé Endémon racontait comment il était venu, dans son jeune âge, solliciter son admission. L'abbé Pafnuce refusa en ces termes de l'accepter : « Je ne veux pas permettre à quelqu'un qui porte encore un visage de femme d'habiter à Scété, lui dit-il, parce que l'ennemi en profiterait pour diriger ses attaques contre nous^. » L'abbé Carion apprit à ses dépens que la même sévérité régnait dans d'autres solitudes de l'Egypte. Il dut prendre avec lui, pendant une famine, son fils Zacharie, qu'il avait laissé à sa mère en quittant le monde. Sa présence excita les murmures, des solitaires voisins ; pour les éviter, Carion s'en alla de Scété en Thébaïde. Il s'y trouva bientôt en face de mêmes ennuis; ce qui lui inspira la résolution de revenir à sa première demeure. Les mêmes inconvénients l'y attendaient encore. Afin de couper court à ces plaintes et à ce scandale, l'enfant, prenant une détermination héroïque, alla se plonger dans un étang dont les eaux, saturées de nitre, le défigur rèrent au point que son père eut de la peine à le reconnaître : cet acte de courage provoqua l'admiration générale^.
Saint Euthyme n'était pas moins réservé. Trois jeunes Cappadociens lui demandèrent un jour de les recevoir parmi ses disciples. Ils étaient frères ; Gabriel, le plus jeune, avait encore la figure imberbe et assez féminine. Son admission souffrit de grandes difficultés; ses instances, jointes à celles de ses deux frères, finirent par les vaincre. Mais, en le recevant, le saint abbé dit à Cosme, le plus âgé des trois : « Renferme dans une cellule ton frère Gabriel et ne le laisse jamais sortir, car son visage de femme si agréable serait un danger pour les autres 5. » Saint Sabas, qui s'était présenté dans des conditions analogues, ne fut pas admis danslalaure.