Cassien, Coiilalio, XXIV
refusa d'entrer. Après quelques instants passés sur le seuil, il regagna la solitude *. L'abbé Marc reçut un jour la visite de sa mère. Silvain, son supérieur, lui prescrivit de se rendre à son désir. Marc alla devant elle, ferma les yeux, la salua avec les personnes qui l'accompagnaient, et, après leur avoir souhaité une heureuse santé, il se retira sans laisser à personne le temps de le reconnaître ^
La mère des abbés Nuph et Psémen voulait absolument les voir. Comme die s'était présentée plusieurs fois devant la porte de leur cellule sans pouvoir satisfaire son désir, elle se porta sur le cheminqui menait à l'église, de telle sorte qu'il leur fut impossible d'éviter sa rencontre. A peine l'eurent-ils aperçue, que, au lieu de continuer leur route, ils revinrent en toute hâte s'enfermer chez eux. La pauvre femme les suivit et se lamenta péniblement devant leur habitation. « Que faire de notre mère? » demanda Nuph à Paemen. Celui-ci s'approcha et, sans même daigner lui ouvrir, il dit à la malheureuse importune : « Pourquoi ces cris, ces plaintes ? -^ Je désire vous voir, mes enfants. Quel mal y a-t-il ? Ne vous ai-je pas donné le jour? Ne vous ai-je pas nourris de mon lait? Le retard que vous mettez à vous rendre à mes vœux m'accable de chagrin. Le son de ta voix m'a toute bouleversée. — Que préfères-tu : nous voir ici-bas ou dans la vie future? — Si je ne vous vois pas sur terre, suis-je assurée de vous voir là-haut ? — Si tu t'imposes le. sacrifice de ne pas nous voir en ce moment, tu peux être certaine de nous voir dans l'autre monde. — Puisqu'il en est ainsi, je renonce à vous voir. » La pauvre femme partit résignée s.
Un moine posait à un ancien la question suivante : « Ma, sœur est pauvre ; est-ce qu'en lui faisant l'aumône je n'agirais point comme avec un pauvre ordinaire? — Non, lui fut-il répondu. — Pourquoi donc, abba? — Parce que, en le faisant, tu obéis un peu à la voix de la nature^. » C'est cette voix de la nature que ces grands ascètes cherchaient à étouffer par tous les moyens en leur pouvoir. On annonçait à un moine de Nitrie la mort de son père. , Au lieu de s'affliger et de prier pour l'âme du défunt, il répliqua
1. Pallade, Hlst. iaiis., LXXXVII, P. G., XXXlV, 1 197. Sozomème, Hist.eccles, 1. VI, 29, P. G., LXVllI, 1382, Verha seniorum, P. L., LxXlIl, 758.