Id., cp. 19, P. G., XXXII
des fils et le plus affectueux des amis. Son exemple, celui de sainte Macrine et de ses amis, montrent combien il est facile d'unir les sentiments les plus délicats à l'égard des siens et le complet détachement du monde. Grégoire de Nazianze n'avait pas le cœur moins .fidèle ; sa correspondance en fournit des preuves multiples. Il loue dans son poème à Hellenios le moine Eulalios, qui aimait tendrement son frère Hellade. Ce dernier, par son dévouement empressé, faisait la consolation de sa vieille mère^ << Quel homme de cœur, écrit-il plus loin, oublierait Asterios et ses deux frères? Ils forment une triade sainte. Le même culte pour la sagesse, la communauté de vie et la poursuite d'une même espérance ont comme fondu leurs âmes en une : seul, le corps les sépare^. >>
Saint Jérôme, du fond de son désert de Chalcis, s'intéresse toujours à une sœur qu'il avait laissée au milieu du monde 3. Les austérités excessives de sainte Paule, sa fille spirituelle, ne l'empêchaient pas d'être pour les siens d'une grande tendresse ^. Héliodore quitta l'Orient afin de veiller sur son neveu Rusticus. L'attachement qu'il portait à son oncle ne lui permit pas de regagner sa solitude 5. La vie de saint Nil offre un bel exemple de ce que peut l'affection paternelle sous le froc du moine 6.
Cassien parle d'un moine nommé Archebios, qui avait passé cinquante années dans un monastère voisin de Diolcos, sans jamais revenir chez lui ni revoir sa mère. Son père vint à mourir, laissant une dette considérable. Les créanciers poursuivaient la pauvre veuve. Mais son fils se chargea de tout payer. Il augmenta dans ce but la tâche de son labeur journalier, de sorte qu'il put acquitter la dette à la fin de l'année, sans avoir rien perdu de sa journée habituelle"^.
En somme, les Orientaux, malgré certaines exagérations qui sont le fait d'individus, avaient sur les relations du moine avec sa famille des idées fort sages. Cette discrétion ne s'est peut-être nulle part montrée plus grande qu'à Tabenne. Il n'en était pas
1. Grégor. Naz., Carmen ad. Hellenium, v. 154-136, P. Gr., XXXVII, 1402;