‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 133 sur 520 · ConstUutiones monasticce, 21, P. G., XXXI · texte numérisé non relu

ConstUutiones monasticce, 21, P. G., XXXI

écrit saint Jean Chrysostome, de verser dans mon écriture mes larmes et mes gémissements, je t'enverrais une lettre qui en déborderait. Je pleure... parce que tu as effacé ton nom de la liste des frères, parce que tu as déchiré un pacte conclu avec le Christ. Je suis saisi d'horreur, de crainte et d'angoisse, à la pensée du grand châtiment réservé à ceux qui ont déserté leur poste après s'être enrôlés dans cette milice sainte ^ » Il continue quelques lignes plus loin, en affirmant que l'homme qui se sépare de l'époux céleste, après avoir contracté union avec lui, et songe à prendre femme, commet un adultère. Sa faute surpasse même l'adultère, parce que la majesté divine est infiniment supérieure à la dignité d'une épouse*. On ne saurait s'exprimer en termes plus catégoriques.

Les Mésopotamiens n'avaient pas une autre manière de voir. Cela ressort de plusieurs passages des œuvres de saint Ephrem. Le diacre d'Edesse invite fréquQtnment les moines à ne jamais rompre les engagements de leur profession. Car les briser et revenir dans le siècle serait une apostasie honteuse pour celui qui s'en rendrait coupable, et un scandale pour les fidèles qui en seraient les témoins 3. « Nous sommes tenus, mes frères, dit-il encore, de persévérer dans la voie où nous sommes entrés. » Si le désir de reculer se présente à l'esprit, il faut le prendre pour une tentation dii diable et savoir le mépriser*. Dieu s'est plu à châtier d'une manière éclatante certains moines déserteurs. Saint Ephrem en connut trois qui moururent dans des conditions si extraordinaires, qu'on dut y voir une manifestation de la justice divine^.

Les hommes du monde comprenaient eux-mêmes tout ce que de pareilles défections avaient de déshonorant. Le serviteur d'un riche citadin avait voulu embrasser la vie monastique. Son maître, qui lui avait donné une entière confiance, essaya, mais en vain, de l'en détourner. Après quelques années de solitude, le moine, pris de dégoût, songea à revenir au milieu du siècle. Dans le but de trouver une situation, il fit plusieurs visites à son ancien maître. Le bon accueil que celui-ci ne pouvait manquer de lui faire le décida à le mettre au courant de ses désirs. Il poussa même l'audace jusqu'à lui demander la main de sa fille. « Tu n'as pu garder la parole que

1. S. Jean Chrys., Exhortatio II ad Theodorum Japsum, P. G., XLVII, 309.

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