‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 139 sur 520 · Cassien, Institut., 1. vi, p · texte numérisé non relu

Cassien, Institut., 1. vi, p

Cassien recommandait la vigilance sur la pureté de la foi. Car la foi et la chasteté sont étroitement unies; les tentations charnelles les plus violentes sont, en règle générale, précédées et occasionnées par des pensées contraires à la foi. Cassien, pour appuyer son sentiment, cite l'exemple d'un religieux dont l'âme était obsédée par des imaginations impures. 11 s'en ouvrit à un ancien et lui demanda comment il pourrait s'en défaire. Le pieux vieillard lui révéla la cause de son trouble, en lui disant : « Le Seigneur n'aurait jamais permis que tu fusses livré à un esprit aussi mauvais, si tu ne t'étais, au préalable, abandonné à des pensées de blasphème contre son éternelle vérité. » II disait vrai. Le moine, connaissant la nature du mal qui l'affligeait, put aisément lui opposer un remède efficace 1.

Que faut-il penser de cet état extraordinaire où l'homme, oublieux de son sexe et de ses faiblesses naturelles, aurait mené la vie d'un ange captif dans un corps? Le Seigneur est évidemment capable d'établir sa créature par un effet de sa grâce dans cette pureté parfaite. Ce fut le cas de l'abbé Serenos, qui eut avec Cassien une •conférence sur la mobilité de l'âme et la méchanceté du démon 2. Les vies des saints en fournissent d'autres exemples. Mais il faut le reconnaître, ce sont là des exceptions fort rares. II serait dangereux de faire miroiter aux yeux des hommes et des femmes l'espérance de posséder un jour ce privilège. Quelques moines d'Orient ont sur ce point manqué de prudence. On en a vu s'éloigner de la vérité au point de prétendre que l'homme pouvait dès ici-bas jouir d'une certaine impeccabilité. C'est ce que les contemporains nommaient anamarr teton ou apathie : nous dirions impassibilité morale. Lé moine qui en était là n'éprouvait aucune tentation : son cœur nageait au sein d'une paix inaltérable. C'était, au dire d'Evagre du Pont, le règne de Dieu sur l'être tout entier^, et le fruit de la victoire que l'ascète avait remportée sur toutes ses passions^. D'après le même auteur.

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