‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 146 sur 520 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

pas aller contre l'intention du Sauveur. Aussi les églises, les hôpitaux, les prisons, les monastères eux-mêmes, bénéficièrent-ils souvent de leurs largesses ^ Saint Jérôme demandait seulement que ces distributions se fissent avec discernement, c'est-à-dire que les nécessiteux fussent les seuls à y participer .

Saint Basile a soin de remarquer que les moines, en donnant ainsi leurs biens aux pauvres, ne condamnaient pas les biens temporels comme une mauvaise chose et leur possession comme un mal. Cette théorie, professée par certains hérétiques, inspirait aux vrais chrétiens une trop légitime répugnance. Ils abandonnaient la richesse, parce que ce détachement était un moyen agréé de Dieu pour expier leurs fautes, acquérir le royaume céleste et gagner les richesses éternelles ".

Ceux qui n'avaient rien à distribuer se consolaient avec les paroles que saint Paul leur adressait au nom du Seigneur : « Ce ne sont pas vos biens que je cherche, mais vos âmes*. » Ceux qui abandonnaient quelque chose ne s'estimaient point supérieurs aux autres. Pas plus que les moines d'Egypte, le patriarche du cénobitisme ne voulait humilier le pauvre. Comme eux, il n'acceptait rien du nouveau profès. Ce dernier n'avait pas cependant le droit de négliger ses biens; car, en se consacrant à Dieu, il lui donnait tout ce qu'il possédait dans la personne des indigents. Ses biens appartenaient au Seigneur; il fallait, en les distribuant, se conformer à ses ordres. On ne pouvait donc les abandonner à des parents. Ceux-ci étaient même tenus de rendre tout ce qu'ils pouvaient conserver. Chacun avait la liberté de faire ses distributions par luimême ou par un intermédiaire, choisi avec le plus grand soin. Il fallait exiger de ce dernier un compte exact. Le mieux eût été dé suivre l'exemple des premiers chrétiens de Jérusalem, qui remettaient tout aux mains de l'évêque ^.

Saint Basile, qui, on vient de le voir, n'acceptait rien du postulant, autorise néanmoins le supérieur de chaque maison à recevoir

1. Pallade, Hist. laus., xv, xvi, P. G., XXXIV^ 1038 ; S. Jérôme, l/ita S. Hilarionis. Acta Sanct. Oct,, t. IX, 643-646. Théodorct, Religiosa Historia, v, P. G., LXXXII, 1351. ,

Page 1