S. Jérôme, Epist. 60, P. L., XXII
LA CHASTETÉ ET LA PAUVRETÉ -MONASTiaUB l6^
Il était difficile de ne pas rendre le monachisme et le clergé jesportsables des méfaits de quelques individus. Afin de réprimer ces abus, l'empereur Valentinien promulgua une loi (370), qui interdisait aux moines et aux clercs l'accès de la demeure des veuves et des orphelins. Le texte en fut adressé au pape Damase avec ordre de le faire publier dans les églises, Les parents étaient autorisés à poursuivre devant les tribunaux tous ceux qui contreviendraient au décret impérial. Les veuves et les orphejins perdaient le droit de donner de l'argent ou des biens par testament ou par libéralité aux moines et aux clercs. Le fisc s'approprierait tout ce qu'ils recevraient parce moyen'. Saint Jérôme, qui dénonçait si courageusement les désordres de cette nature,, regrette amèrement que des faits indéniables aient motivé cette loi. Elle fut, malgré sa rigueur, impuissante à extirper un. mal qui avait sa cause dans l'une des passions les plus impérieuses. Car' il était toujours- facile de l'éluder au moyen d'un fidéicommis^. Cette mesure fut abrogée par l'empereur Marcien (455).
Les moines recevaient parfois des legs dans des conditions très différentes. Quelques-uns parmi eux. embrassaient la vie religieuse avant le décès de leurs parents; d'autres possédaient en commun, avec leurs frères et sœurs, des terres qu'il était impossible de partager à l'époque de leur départ pour la solitude. La mort de leur père et de leur mère et la division d'un héritage les mettaient en possession d'une fortune plus ou moins grande. Ce fut le cas, après la mort de son père, de l'anachorète Malchos, dont la vie a été écrite par saint Jérôme. Il crut devoir quitter le désert de Chalcis, pbur aller consoler sa pauvre mère et vendre les biens qui lui revenaient. Si les Sarrasins ne lui avaient pas rendu impossible l'exécution de son dessein, il aurait ^distribué aux pauvres une partie de son héritage, en se réservant, de quoi . pourvoir à ses besoins personnels 3. Ce n'était pas contraire aux. usages suivis par les ermites. Saint Jérôme, qui rapporte ce fait, possédait depuis quelque-temps la fortune que lui avaient léguée ses parents. Comme les invasions des barbares risquaient de diminuer sa valeur, et que le devoir de fournir le nécessaire aux moines de Bethléem l'entraînait dans de grandes dépenses, il envoya son frère Paulinien en Dalmatie vendre le tout. La somme réalisée par ce moyen lui
\. Coàdro\d, Codex Theodosianus, t. W\, ^^-^6. ..,
2. S. Jérôme, Epist. 52 ad Nepotianiim, P, L., XXII, 532-533. ;