‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 159 sur 520 · L OBÉISSANCE ET LA HIERARCHIE MONASTIQUE I7I · texte numérisé non relu

L OBÉISSANCE ET LA HIERARCHIE MONASTIQUE I7I

Les anachorètes qui n'appartenaient pas à un groupe organisé reconnaissaient parfois une supériorité réelle à un solitaire que son âge, sa doctrine, sa sainteté, l'influence [qu'il avait eue sur leur vocation et leur formation monastique, désignaient d'une manière spéciale au respect et à la confiance de tous. Tel fut le cas dé saint Antoine.

A cette époque reculée, où la tradition et l'expérience n'avaient pas eu le temps de préparer et de mûrir tout cet ensemble de conditions dans lesquelles la vie religieuse doit être menée, et qui la dégagent autant que possible de ce qu'il y a de trop personnel, de caduc et d'arbitraire dans rinfluèncé des individus, le supérieur exerçait sur seis moines une action beaucoup plus étendue qu'il ne lé fit dans îà suite * Les règles étaient moins précises, les traditions plus vagues. Il pouvait s'en affranchir plus aisément et gouverner comme bon lui semblait. L'autorité ecclésiastique usait bien rarement de son droit de contrôle. Si les religieux avaient dans certains cas la ressouree de changer dé maison, l'abbé pouvait congédier ceux qui ne s'accordaient pas entièrement avec sa manière de voir et d'agir. Le monastère était donc alors plus que jamais tout entre lés mains de son chef, qui le formait à son image. Aussi les. docteurs de l'iascétisme font-ils dans leurs enseignements la placé très large à tout ce qui regarde sa fonction, ses qualités et lés obligations des religieux à son endroit.

En Egypte et dans la Thébaïde, où le monachisme fut si vigoureux durant tout le quatrième siècle, on veillait avec un soin extrême à confier le gouvernement des communautés monastiques à des hommes formés par une longue expérience de la vie religieuse. L'obéissance, en effet, est seule capable d'enseigner à un supérieur ce qu'il lui faut prescrire à ses subordonnés ; il. a dû apprendre à l'école des anciens ce qu'il doit transmettre àûx nouvelles générations. La pratique de toutes lès vertus reste s^^^^ leure recommandation auprès de ses moines. Le gouvernement d'un abbé digne de ce nom est toujours guidé par la sagesse ; il est pour une communauté un bien inappréciable, une grâcede l'Esprit

de, Dieu ^ Cassien ajoute que l'exemple personnel et la fidélité^ à ses propres doctrines dpnnent au dépositairede l'autorité un,prestigei que rien ne peut remplacer. Ils lui, assurent le respect et , l'obéis-;; sance de tous. Dieu bénit alors et féconde tout ce qu'il sènie dans; les cœurs^. Si l'abbé agissait 4'une panière diiférente, donnant àceux qu'il conduit des enseignements et des ordres sévères, et; seh réservant; pour; lui une tâche facile/ il, aurait deux poids et deux mesures; je Seigneur ne; le verrait pas de bon œil". C'est la pensée] que ratjbéPœraen exprimait par cette courte sentence : «Fais ton âme observer ce que tu enseignes aux autres*. »

, Il était d'autant plus important 4'insister sur cette obligation des supérieurs qu'on recommande davantage aux moines la pra-, tique d'une obéissance parfaite. Si, en effet, ceux-ci doivent tenir leur âme et leur conduite entreies mains de leurs chefs, il importé souverainement que ceux-là soient revêtus" de toutes les qualités requises pour bien commander. Ils sont les maîtres qui enseignent; l'art de la vie religieiise : on est en: droit d'exiger d'eux cette preuve > rnanifeste de leur compétence, sans quoi la vie monastique n'^ofifrirait > plus, aucune sécurité à ceux qui l'embrassent. Heureux le.s abbés ^ qui pourraient redire ces paroles de l'abbé Isaïe à ses moines : ; «Veillez à ne négliger aucun de mes préceptes tant que vous, vivrez avec moi. Si vous. les observez, je rendrai compte pour vous ; au Seigneur. Si vous ne les observez pas, vous aurez à rendre , compte de votre négligence et de mon impuissance. Qui se conforme à mes ordres en public et en particulier. Dieu le protégera contre toutes les tentations^. » H était facile de les aimer comme des pères, de les craindre comme -des maîtres, de considérer leurs ordres comme le chemin du ciel^, et de régler ses sentiments de telle sorte que l'affection ne relâchât jamais la crainte, et que la crainte n'étouffât point l'affection*^, suivant la belle remarque de l'abbé Isidore, On leur donnait sans peine une soumission parfaite. De pareils supérieursapparaissaiént auxye'ux de saint Miacàire comme;

Page 1