Ibid
l'obéissance et la discipline régulière 191
à leur genre de vie 1. Le moine obéissant, disaient les anciens, jouit d'une entière sécurité : il est à l'abri des dangers que fait courir raecomplissement de la volonté propre*. Il échappe aux illusions que l'homme trouve sur sa route même quand il croit faire le bieii^. Sa vie est celle d'un être mort au monde et crucifié pour ses convoitises; elle lui vaut les honneurs du martyre*. Cassien appuie cette doctrine des Pères par tout un ensemble de traits plus édifiants les uns que les autres. Ce langage pratique est d'une éloquence très persuasive •■>.
L'obéissance parfaite que les a/idens de l'Egypte et de la Thébaïde demandaient à leurs disciples exigeait de leur part une disposition intérieure qui tenait les yeux de l'âme fermés sur la chose prescrite, et dirigeait toute l'application du cœur sur Vântour de Dieu, mobile unique de la vie religieuse. On pourrait la nommer l'esprit d'aveuglement ou le silence du jugement personnel. Pour en faire contracter l'habitude, les supérieurs donnaient parfois aux jeunes novices des ordres absurdes. Plusieurs allèrent loin dans cette voie, et franchirent les liinites de la prudence la plus élémentaire. Quelques-uns crurent même pouvoir exiger des actes condamnés par la loi divine. Les faits de cette nature ne doivent pas être admirés et encore moins imités. En voici un exemple : L'ancien chargé de la formation du jeune Sisois, dans le but d'éprouver son obéissance, lui ordonnait parfois d'aller voler. Docile comme un enfant, le disciple dérobait ce qui appartenait aux frères, avec le zèle qu'il aurait mis à faire une action louable. Il est bon d'ajouter que son père spirituel restituait en secret le fruit de ses larcins 6.
L'épreuve portait habituellement sur des choses moins extraordinaires. Il était si facile de mettre un novice à même de fouler
1. Cassien, Contai., XVIII, p. 514. Ferba Seniorum, P. G., LXXllI, 787-788.