‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 195 sur 520 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'enseignement ascétique

La règle, en organisant le monastère et la vie du religieux, ne fait que déterminer l'extérieur du monachisme. Les jeûnes, les veilles, la séparation du monde, la méditation des Ecritures, les prières et tous les exercices qu'elle impose, ne sont pas, en effet, le but de la vie monastique. 11 ne faut voir là que des moyens efficaces pour conduire l'homme à une fin plus élevée et tout intérieure, que l'abbé Moïse appelait] pureté du cœur ou charité^, et qui ne diffère point en réalité de la perfection évangélique.

Les solitaires la recherchaient avec toute l'ardeur possible. Quelques-uns même y mettaient une tension d'esprit qui n'était pas sans leur faire courir de graves dangers. Ils avaient un peu trop conscience de la supériorité morale que pouvaient leur assurer une vie pénitente et de longs entretiens avec Dieu, et la vaine gloire aurait facilement pénétré dans leur âme à la faveur d'un pareil sentiment. Pour les prémunir contre les séductions du plus- attrayant des vices, les anciens racontaient certains épisodes qui devenaient pour tous une utile leçon.

Saint Antoine, disait-on, était occupé à prier dans sa cellule, lorsqu'il entendit une voix lui crier : « Antoine, tu n'es pas encore parvenu à la hauteur d'un certain corroyeur, qui habite Alexandrie. » Le saint homme, voulant connaître ce chrétien extraordinaire, prit sans retard le chemin de la capitale. Mais quelle ne fut pas sa surprise, quand il se trouva en face d'un brave homme, qui se

j, Cassien, Conlal., \, 7, p. 13.

croyait le dernier de tous'. Saint Pitiroum était un anachorète. de grande vertu, qui habitait la haute Thébaïde. Un ange lui apparut pour lui dire : « Pourquoi te complaire en toi-même, et te flatter à cause des choses extraordinaires qui s'accomplissent par toi ? Veuxtu voir une femme qui te surpasse en religion et en piété ? » Il lui révéla les mérites d'une sainte moniale de Tabenne, qui contrefaisait la folle 2. L'un des abbés, Macaire, entendit un jour une voix mystérieuse qui lui disait : « Macaire, tu n'as pas encore atteint le mérite de deux femmes qui habitent la cité voisine. » I[ alla les voir et les questionner sur leur genre de vie. C'étaient deux femmes mariées, qui vivaient dans la charité la plus grande^. On parlait encore de deux anciens, qui demandaient naïvement au Seigneur de leur montrer quelle était la mesure de leur sainteté. Une voix leur dit : « H y a dans une localité de l'Egypte un homme qui s'appelle Eucharistios, et sa femme, dont le nom est Marie. Vous n'avez pas encore atteint leur vertu. » Ils s'empressèrent d'aller à leur recherche, et ils firent la rencontre d'un berger qui vivait avec son épouse dans une continence parfaite, et dans l'exercice de la charité 'i.

Vrais ou supposés, ces récits étaient de nature à maintenir les esprits sur le terrain ferme de la simplicité et de l'humilité. La pureté du cœur et la perfection sont incompatibles avec les illusions de la vanité, même lorsqu'elles essaient de s'envelopper sous les plis d'un voile de mysticisme. Mais cette charité, qui sanctifie et consacre dans le sanctuaire de l'âme toutes les actions extérieures et intérieures du moine, suppose et produit tout à la fois le souvenir habituel de Dieu. La pensée de la présence divine doit donc accompagner le religieux partout et marquer son esprit et son cœur d'un sceau indélébile. Or, pour en arriver là, il faut surmonter de grands obstacles et combattre des ennemis puissants 5. Ce sont ces luttes incessantes qui motivent le nom d'ascèse, donné à l'ensemble des exercices intérieurs par lesquels le moine se rapproche de Dieu.

Ces luttes supposent une tactique; et toute tactique peut devenir l'objet d'un enseignement. Les Pères du désert se sont de bonne heure préoccupés de former leurs disciples à cet art important des

t. yerba Seiiiortim, 130, P. L., LXXIII, 705,

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