‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 197 sur 520 · Cf. S. Nil, Narratlo 3, P. G., LXXXI · texte numérisé non relu

Cf. S. Nil, Narratlo 3, P. G., LXXXI

3. Isaise, Oratio 4, P. G., XLIll, 1 1 16-17. Régula, 67, P. L., ClII, 474.

comparaison suivante : Les mouches n'approchent pas d'une chaudière en ébullition. Si au contraire elle est tiède, on les voit s'y précipiter, et les vers ne tardent pas à suivre leur passage. C'est ainsi que les démons fuient l'âme du religieux quand elle est embrasée des feux de l'amour divin ; ils tournent en dérision l'âme tiède et ils la poursuivent de leurs attaques i.

La ferveur se manifeste toujours par une fidélité généreuse à toutes les obligations monastiques. Aussi, saint Jérôme, qui avait plus que, personne expérimenté ces luttes intimes, conseillait-il à son ami Rusticus cette disposition, comme le meilleur moyen de surmonter tous les obstacles. En effet, lorsque l'esprit est absorbé par des exercices réglés, qui prennent tout son temps, il lui est bien- difficile de s'abandonner à la dissipation de ces pensées étrangères'^. Saint Jérôme, pour s'assurer une victoire plus complète, avait dû ajouter aux occupations ordinaires des religieux l'étude pénible de la langue hébraïque. Mais ce moyen n'était pas à la portée de tous.

L'amour des âmes rendait parfois les supérieurs fort ingénieux, lorsqu'ils se préoccupaient de faciliter à un pauvre moine la victoire sur ses tentations. Un jeune Grec, qui avait embrassé la vie religieuse dans un monastère de l'Egypte, était tourmenté par de violentes sollicitations au mal. Rien ne pouvait l'en débarrasser. Son abbé le prit en pitié. Sur son ordre, un frère se mit à l'accabler d'injures. Le patient se plaignit à son supérieur. Celui-ci cita des témoins, qui tous prirent la défense de l'insulteur. Comme ses plaintes' devenaient plus vives, l'abbé parut seul s'intéresser à lui, dans la crainte qu'il ne s'abandonnât à la tristesse et au désespoir. On le traita ainsi durant une année entière. Les ennuis de cette persécution simulée détournèrent son esprit des pensées qui l'avaient si longtemps troublé. Dès lors il fut facile de lui rendre la paix, dont il avait un pressant besoin 3.

Si ses efforts personnels et le secours de ses maîtres ne parvenaient pas à donner au moine le triomphe sur les ennemis de son âme, si la tentation continuait à le harceler, les leçons des anciens étaient là pour le consoler, en lui montrant dans cet état iine épreuve voulue de Dieu pour son plus grand bien. L'abbé Daniel

Page 1