S. Jérôme, ibid
se fait l'interprète de cette doctrine dans la quatrième conférence de Cassieh.
Les luttes que le moine avait à soutenir variaient presque à l'infini selon les individus et les circonstances. Les pensées, que l'on peut avec raison considérer comme les armes de ce duel intérieur, d'après le sentiment commun, venaient les unes de la nature corrompue et de l'esprit déréglé de l'homme, les autres d'une inspiration des mauvais esprits '. Plus d'une fois les Pères du désert, en s'exagérant le rôle du démon, semblaient lui attribuer la responsabilité de toutes les tentations et de toutes les pensées coupables. L'ascèse était à leurs yeux un combat principalement engagé contre les esprits de ténèbres. Mais, en réalité, ce n'était pas généralement à ces êtres insaisissables que le moine avait directement affaire. L'ennemi était plus saisissable. On lui donnait un noin plus clair. Quand il s'agissait du vice, en effet, tous savaient à quoi s'en tenir; l'illusion n'était guère possible. Voici la définition qu'en donne saint Basile : « Le vice est le mauvais usage des facultés que Dieu nous a données pour faire le bien, tandis que la vertu est l'emploi de ces mêmes facultés conformément aux ordres du Seigneur et sur l'inspiration d'une conscience droite 2. »
Quelle que fût leur origine, les mauvaises pensées, quand une fois elles avaient trouvé l'accès du cœur, en produisaient rapidement une multitude d'autres. Leur fécondité rappelait à saint Nil . celle des lièvres. Quelle étonnante variété dans cette progéniture ^ ! C'est ce qui faisait dire à Apollionos d'Hermopolis qu'il fallait résister à la tentation dès le principe. De la sorte, on écrasait la tête du serpent et on privait de vie tout le reste de son corps *. 11 fallait donc procéder avec beaucoup d'ordre pour combattre avec succès des ennemis aussi nombreux. Car celui qui s'en serait pris à tant d'adversaires à la fois aurait vite succombé ou se serait abandonné au découragement. Il n'y avait qu'à les attaquer l'un après l'autre, et, ajoute saint Basile, qui donne ces sages conseils, ne pas se livrer au repos après une première victoire. Elle est au contraire un motif pressant d'engager de nouveaux combats, jusqu'à ce que le triomphe soit définitif^.