S. Nil, 1. ni, ep. 74, P. G., LXXXIX
4. Rufin, Hisioria monacborum, P. L., XXI, 414. 5; S. Basile, 1. i, ep. 42, P G., XXXII, 350-351.
2l6 LES MOINES d'orient
Pour rendre l'étude de ces vices plus méthodique et pour faciliter les combats que les moines devaient leur livrer, quelques-uns des Pères les plus autorisés ont essayé d'établir entre eux une classification, en les rattachant tous à huit vices principaux : la gourmandise, la luxure, l'avarice, la tristesse, la colère, la paresse, la vaine gloire et l'orgueil. Tel est l'ordre dans lequel les donne Evagrei. 11 est le premier qui publie cette liste; mais est-elle bien son œuvre personnelle? Ne l'aurait-il pas recueillie sur les lèvres de quelques-uns des solitaires de Scété, au milieu desquels il vécut longtemps ^ ? On la retrouve plus tard sous la plume de Cassien et de saint Nil, avec une légère différence. Ils placent l'un et l'autre la colère avant la tristesse \ Comme Eyagre, ils mettent chaque vice sous la dépendance d'un démon spécial, et il arrive souvent que le démon prend le nom et la place du vice auquel il préside.
Les anciens comptaient donc huit vices principaux. Leur liste se conserve dans celle des péchés capitaux, avec deux modifications : la vaine gloire et l'orgueil n'en forment qu'un ; l'envie a pris la place de la tristesse, qui a été supprimée ; ce qui les réduit au nombre de sept.
Le démon de la tristesse jouait un rôle très important; dans la doctrine ascétique des Pères du désert. Evagre le représente comme un ennemi fort dangereux. Il est impossible, dit-il, de repousser ses attaques si l'on conserve la moindre attache aux biens de la terre ^. Cet esprit mauvais charge le cœur du solitaire d'un poids accablant, qui lui rend la vie très pénible ^ et peut même le jeter dans le désespoir et. lui faire abandonner la solitude. Toute tristesse n'était pas cependant" condamnable. Car, si le moine devait éviter soigneusement celle qui a pour cause la privation d'un bien temporel ou d'une joie mondaine, il lui était bon d'ouvrir son cœur, à celle qui est inspirée par Dieu, et qui vient de la douleur
1. Evagre, De ocio miiosis cogitationibus ad ÂnatoUiim, P. G. XL, 1271-78.