‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 208 sur 520 · Rufin, Hist. mon., i, P. L., XXI · texte numérisé non relu

Rufin, Hist. mon., i, P. L., XXI

.4. Apophtegmata Patruin/P. G., L.XV, 434.

de la terre. Ils ne comprenaient rien au langage des hommes dominés par l'amour de Dieu et par le mépris du monde; l'égoïsme et l'orgueil régnaient en maîtres sur ces cœurs d'où la pensée du ciel était absente. Cassien a tracé quelque part le portrait de l'un de ces moines. Il se montre durant une conférence au milieu des frères; son œil errant ne peut se fixer nulle part; au lieu de laisser échapper de sa poitrine des soupirs qui trahiraient l'émotion de son cœur, il affecte une toux particulière. Ses doigts s'agitent; il simule les mouvements d'un homme qui écrit ou qui peint. Ses membres sont dans une continuelle agitation. Tout ce qui se dit sur la correction des mœurs l'irrite ; il se figure que l'ancien le vise personnellement et il se demande avec anxiété et aigreur quels sentiments le portent à tenir un pareil langage. Dans ces dispositions, les entretiens spirituels, qui profitent tant aux âmes pieuses, lui sont très préjudiciables i. Cet état d'esprit pouvait, cela se comprend, inspirer de sérieuses inquiétudes ^

On en rencontrait d'autres qui, sous l'influence de ce même dégoût, s'abandonnaient au sommeil, dès que l'entretien roulait sur les choses de Dieu. Sous le ciel de l'Egypte et de la Syrie, le sommeil était une véritable tentation, même pour des hommes généreux. Ils avaient besoin de continuels efforts pour vaincre cet ennemi. L'abbé Mœches avouait à Cassien qu'il lui avait fallu de longues et ferventes prières pour obtenir du Seigneur la grâce d'écouter les entretiens spirituels sans jamais dormir, quelle que fût leur longueur'^. Le démon, qui, d'après lui, avait ces conférences en horreur, ne négligeait rien de ce qui pouvait en compromettre l'efficacité. Il réussissait à provoquer parmi les assistants des conversations futiles. Dès qu'une bouche s'ouvrait pour raconter une histoire divertissante, on voyait immédiatement sortir de la torpeur ceux que les instructions pieuses avaient le privilège d'endormir 4. Mœches faisait tout le contraire : il s'endormait aussitôt que la conversation perdait de sa gravité monastique.

Les anges, amis' sincères du moine, se réjouissaient fort, disait-on, à la vue des frères réunis pour conférer des vérités saintes. On les aperçut qui considéraient avec une joie indicible quelqu'une de ces assemblées pieuses. Mais, à un moment, l'entretien

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