Ibid
l'enseignement ASCETIQUE 227
changea de sujet; on se mit à parler de choses et autres. Les esprits célestes prirent la fuite sur-le-champ, pour faire place à d'immondes pourceaux 1.
Ces bavardages inutiles inspiraient une vive répulsion à l'abbé Jean le Nain: On le savait autour de liii. Quelques frères résolurent de le soumettre à une épreuve, en prenant un moyen détourné pour le faire causer de choses purement temporelles. « Nous rendons grâce à Dieu, lui dirent-ils, de ce que les pluies ont été abondantes cette année. Les palmiers sont arrosés, ils poussent de nombreux rameaux ; les frères auront de quoi travailler. » Au lieu de les suivre dans cette voie, Jean s'éleva à des considérations d'un ordre tout spirituel. « Il en est ainsi de Tesprit du Seigneur, répondit-il. Lorsqu'il descend dans le cœur des hommes, il les renouvelle, et ils produisent des frujits abondants dans la crainte de Dieu^ »
Lorsque la ferveur eut diminué dans certaines solitudes égyptiennes, les moines se montrèrent plus indifférents pour les conférences spirituelles. Ils s'entretenaient volontiers de bagatelles et de choses profanes. Les anciens, qui en furent attristés, rappelaient avec regret les temps heureux où ils conféraient uniquement de ce qui était utile à leurs âmes. Alors, quand ils se séparaient, leurs cœurs embrasés s'élevaient vers le ciel. Aujourd'hui, continuaientils, nous nous dénigrons les uns les autres, et nous nous poussons à un relâchement lamentable '.
Lorsque ces exhortations venaient d'hommes expérimentés et pénétrés de l'amour de Dieu et qu'elles étaient reçues par des moines humbles et vraiment désireux d'arriver à la perfection, elles ne manquaient pas de les exciter à la pratique de la vertu et de redoubler la ferveur de leurs prières^. Quand, par exemple, c'était un saint Antoine qui parlait, son enseignement semait la paix et la joie dans l'âme de ses auditeurs. Chez les uns , sa parole excitait les feux de la divine charité, tandis qu'elle secouait la paresse des autres 5.
On estimait heureux les moines qui avaient une mémoire assez sûre pour conserver fidèlement le souvenir de ce que leur disaient
i. yerba seniormn, P. L., LXXlll, 762.