‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 217 sur 520 · Pachomii Acta, n. 49; ActaSanct. Maii, t. III, p · texte numérisé non relu

Pachomii Acta, n. 49; ActaSanct. Maii, t. III, p

Quand Théodore eut pris la direction des communautés pakhomiennes, il tint à enseigner lui-même ses religieux. Quelquefois il restait debout; parfois il s'asseyait, et ne se préoccupait guère alors de trouver un siège. Si ses moines, le voyant assis par terre, lui en présentaient un, il le refusait toujours i. A Phbôou, il était assis au pied d'un palmier. Six cents moines écoutaient sa parole. 11 fit placer à côté de lui un religieux qu'il venait d'admettre au nombre de ses disciples. C'était Ammon, celui-là même qui nous . a conservé le souvenir de cette conférence, dans la lettre qu'il écrivit plus tard à Théophile d'Alexandrie. Les frères se levèrent l'un après l'autre et demandèrent à être repris de leurs fautes. Chacun reçut une admonestation et des conseils appropriés à l'état de son âme. Alors l'abbé se leva et prit la parole. Au cours de sa conférence, il annonça les malheurs que la persécution arienne allait bientôt faire fondre sur l'Eglise. A la fin, ceux qui avaient des difficultés à lui soumettre l'interrogèrent successivement. Il fit à tous une réponse satisfaisante. Théodore parlait en copte. Or, plusieurs de ses auditeurs. Grecs d'origine, ne pouvaient le comprendre. Comme il n'entendait point leur langue, Théodore d'Alexandrie, son disciple, qui avait une culture littéraire très soignée, lui servait d'interprète. Une fois l'entretien fini, les moines s'entretenaient de ce qui venait d'être dit 2.

Le biographe de Théodore parle de ces mêmes conférences. Son récit, beaucoup plus circonstancié, fournit des détails intéressants qu'Ammon a négligés. La plupart des frères, dit-il, prenaient la parole une foule de fois pour questionner Théodore sur ce qu'il disait, quand ils ne le comprenaient pas dans leurs cœurs. Ils ne l'interrogeaient que s'il était assis. L'interprète seul lui pouvait adresser la parole, quand il se tenait debout. A la fin de la catéchèse, un grand nombre de moines se prosternaient la face contre terre, pendant que les autres priaient. Théodore appelait sur eux les bénédictions divines avant de les congédier s.

Les questions posées par les auditeurs donnaient à ces entretiens beaucoup de vie et un grand intérêt. Elles les transformaient parfois en dialogues véritables. C'est sous cette forme que Cassien a conservé ses conférences avec des moines d'Egypte. On trouve encore, dans certaines homélies de saint Macaire, les interroga-

1. Viecopte de S. Pakhôme, Amélineau, A. D. M. G., t. XVII, 169-17 1.

2. Ammonis epist. ad TheopMlum, 2-4, Acta Saiictonim Maii, t. III, 348-49.

3. Vie de Théodore, puhliêe par Amélineau, A. D. M. G., XVII, 236-241.

tions de ses disciples et ses propres réponses. Elles ne se rapportent pas toujours au sujet de l'entretien. A la fin de la sixième, par exemple, qui traite de la prière, l'auteur répond à deux questions sur les trônes de Dieu^. Quelques-unes de ces conférences sont tout entières consacrées à cet échange d'idées. Parfois les interrogations se rapportent toutes au même sujet. 11 arrive aussi qu'elles se succèdent dans le plus complet désordre ; l'auteur répond à tout ce qui lui est demandé 2.

L'enseignement oral fut au début le seul usité dans les monastères orientaux. Mais quelques moines ne tardèrent pas à prendre la plume pour communiquer à d'autres les lumières qu'ils tenaient de leurs devanciers ou qu'ils avaient eux-mêmes reçues en méditant les divines Ecritures et en pratiquant les exercices de la vie ascétique. Plusieurs parmi les écrivains monastiques de cette période étaient sans formation littéraire ; mais on oublie promptement la rudesse de leur langage pour admirer la sagesse et la prudence de leur doctrine, et la simplicité naïve avec laquelle ils font revivre sous nos yeux après tant de siècles l'une des parties les plus curieuses de l'antiquité chrétienne. D'autres, au contraire, comptent parmi les hommes les plus cultivés de leur temps ; quelques-uns même peuvent passer pour les premiers écrivains du IV° siècle ; la pénétration de leur génie et la vigueur de leur dialectique en firent les défenseurs intrépides de la foi catholique et les vengeurs de l'orthodoxie ; la haute situation qu'ils occupaient dans l'Église et leur influence sur les choses de l'État leur ménagèrent l'occasion de conduire les individus et la société. 11 suffit de nommer les Ephrem, les Jérôme, les Basile, les Grégoire de Nysse, les Jean Chrysostome, qui ont enrichi de nombreux et intéressants écrits la littérature ascétique et mystique.

Nous ne saurions, sans sortir des limites que nous trace le présent travail, faire l'histoire de leurs œuvres spirituelles et exposer la doctrine qu'ils ont enseignée. 11 nous suffira de présenter quelques noms et les œuvres plus importantes.

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