yerha Seniontm, P. L., LXXIII
sa chevelure. Son grand âge l'avait rendue toute blanche. Il était dans le désert depuis quarante-neuf ans. Après sa mort, qui arriva sur ces entrefaites, je partageai ma tunique: j'en gardai une moitié pour me couvrir, l'autre me servit à envelopper son cadavre 1. Un moine qui voyageait dans une solitude profonde rencontra après une marche de trois jours un vieil ermite complètement nu 2.
Macaire l'Egyptien, en faisant une excursion dans le désert, arriva sur les bords d'un étang où les bêtes sauvages venaient se désaltérer; il aperçut en leur compagnie deux hommes qui n'étaient pas plus vêtus qu'elles. Cette apparition lui causa une grande frayeur. Il se demandait s'il n'avait pas sous les yeux des revenants ou des diables. Les deux ermites, car telle était leur profession, devinèrent sa crainte. Ils parvinrent à le rassurer et lui narrèrent toute leur histoire. Dieu leur avait fait la grâce de ne souffrir ni du chaud ni du froid, depuis plus de quarante ans qu'ils étaient sortis de leur monastère^.
Cette nudité ne fut en usage que chez un petit nombre de solitaires, vivant loin de leurs semblables dans un complet isolement. L'immense majorité des moines se conformait aux devoirs qu'imposent la santé, les convenances et la modestie. Cette dernière vertu leur était particulièrement chère. L'abbé Isaïe recommandait instamment aux religieux qui se dépouillaient par nécessité de ne point considérer leur corps^. Saint Antoine fut toujours, sur ce point, d'une extrême réserve^. Saint Nil rapporte la mort glorieuse d'un jeune ermite massacré par les Sarrazins pour n'avoir pas voulu quitter sa tunique en leur présence 6.
Les moines, pénétrés de l'esprit de leur état, s'habillaient de telle façon que leur extérieur manifestât aux yeux de tous le mépris du