‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 252 sur 520 · Id., 45, ibid · texte numérisé non relu

Id., 45, ibid

doctes leçons que les saints ont abandonné les villes ; la société des hommes leur semblait plus dangereuse que la peste 1.

Saint Antoine, le plus grand moine de ces temps primitifs, recommandait par sa vie tout entière ces précieux, avantages de la retraite. 11 aimait son désert de toutes les forces de son âme. Laperspective du bien à faire pouvait seule le déterminer à en sortir pour se mêler aux hommes, et encore reprenait-il au plus tôt le chemin de sa cellule. A un personnage qui lui demandait de prolonger son. séjour parmi les gens du monde, il fit cette réponse : « Les poissons meurent quand on les laisse sur la terre desséchée; les moines qui restent trop longtemps au milieu de vous perdent leurs forces. Comme les poissons reviennent à la mer, nous devons regagner nos montagnes, pour ne point perdre la pensée des biens intérieurs 2. » Saint Hilarion, son disciple, n'était pas moins empressé à fuir la société des hommes. Saint Pakhôme aimait beaucoup à s'enfoncer dans les lieux les plus reculés pour s'y entretenir, paisiblement avec le Seigneur. C'est là que Dieu lui accordait ses grâces les plus abondantes 3.

Le trait suivant montre la peine profonde qu'éprouvaient certains solitaires,. lorsqu'ils se voyaient obligés de vivre au milieu du monde. L'abbé Sisoes, qui étaitalors très avancé en âge, avait dû quitter son désert pour se retirer à Clysma. L'abbé Amoun, l'ayant trouvé fort triste, lui demanda : « Pourquoi vous affliger ainsi ? A votre âge, que peut-on faire dans la solitude ? — Que signifie ce langage, Amoun ? répliqua-t-il ; ne- me suffisait-il pas de posséder la liberté d'esprit^? » Pour augmenter dans le cœur des moines l'estime de la retraite, on racontait une multitude d'anecdotes édifiantes, conservées encore dans les ApopUegmata Patrum et les l^erba Semonim''^. Rien n'était plus propre à les fortifier contre l'ennui d'un isolement prolongé et l'attrait que la société exerce toujours sur les esprits. Ils dominaient ainsi plus vite leurs premières impressions, et peu à peu la solitude produisait sur leur âme ses effets salutaires 6.

On rencontrait parfois des religieux fascinés par la solitude, qui

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