Cassien, Coh/^/., xxiv
3, Théodoret, Religiosa bistoria, iv, P. G., LXXXII, 1339.
saint Nil, cherche à détruire. Si le voisinage des hommes jDrivait le religieux des avantages extérieurs de la solitude, il ne l'empêchait pas cependant de se créer une solitude du cœur, dont rien ne pouvait l'arracher. Pourquoi ne point faire de sa cellule un paradis lui offrant les mêmes délices que le désert? II n'avait qu'à rester chez lui^ La clôture lui tenait lieu de retraite. Il s'agit moins ici d'une clôture matérielle que de l'attachement du religieux à sa cellule, et du soin qu'il prenait de ne jamais en sortir sans nécessité. « Reste dans ta cellule ; elle peut t'instruire de tout, si tu y restes^. » Ce conseil de l'abbé Moyse aux solitaires convenait encore mieux aux moines citadins. Il faut en dire autant de ces paroles d'un ancien : « Lorsque Moyse entrait dans la nuée, il s'entretenait avec Dieu; quand il en sortait, c'était pour s'entretenir avec le peuple. II en est ainsi du moine. Quand il est dans sa cellule, il s'entretient avec le Seigneur; lorsqu'il en sort, il est en la compagnie de^ démons^. » Le saint abbé Dalmate, qui habitait un monastère de Constantinople, donna un bel exemple de cet amour de la retraite au milieu d'une grande cité en restant quarante-huît années sans sortir. L'empereur ne put le déterminer ni à lui rendre visite ni à suivre les prières solennelles qui se faisaient dans une église de la capitale. Il consentit seulement, sur un ordre du ciel, à s'en aller au concile d'Ephèse*.
Mais tous n'avaient pas cet amour de- la solitude. Ceux qui s'étaient laissé gagner par le relâchement prenaient vite la cellule en dégoût. Qu'ils fussent à la vîUe ou au désert, ils en sortaient pour se mêler de beaucoup de choses qui ne les regardaient point. Déjà, en 390, une loi impériale leur avait intimé l'ordre de quitter les villes et de se retirer dans les déserts et les solitudes. Mais Théodose abrogea lui-même, deux ans après, cette mesure rigoureuse, provoquée par l'intervention souvent indiscrète des moines dans le but d'entraver la marché régulière de la justice et de détruire les temples païens^. Vers le milieu du cinquième siècle, on les voyait encore, sous prétexte de dévouement et de charité, prendre sur eux' l'administration de la fortune des personnes séculières, ou s'ingérer dans les affaires de l'Église sans y