Verha Seniorum, P. L., LXXIII
bles 1. On procédait de la même façon dans le monastère de l'abbé Ammon^
La maçonnerie des solitaires ne différait pas sans doute de celle que faisaient les anciens fellhas de la vallée du Nil. Deux ou trois manœuvres descendaient dans l'étang le plus voisin, ramassaient de la vase à pleins sceaux, l'entassaient sur la rive, la pétrissaient, la mêlaient de gravier et de paille hachée menue et la pressaient dans des moules en bois, qu'ils déchargaient ensuite au soleil. En quelques heures la brique était sèche et on commençait à bâtir. La boue servait de mortier et d'enduit. Les maçons ajoutaient de la terre aux briques. Quand les murs étaient terminés, il n'y avait plus qu'à juxtaposer quelques branches de palmier pour former la toiture. Elle était généralement si basse qu'un homme dé taille moyenne risquait fort en se levant sans précaution de la défoncer d'un coup de tête 3.
L'abbé Dorothée, qui avait la dévotion de bâtir des cellules pour les nouveaux venus, les construisait avec plus de soin. Il habitait le voisinage d'Alexandrie. 11 s'en allait sur la plage chercher des pierres, qui lui servaient à élever les murs. La construction d'une cabane demandait une année de travail. Son bonheur était de l'offrir aux frères incapables d'en édifier une eux-mêmes'^. Cassien parle quelque part d'un moine qui passait tout son temps à faire des cellules pour les céder à ceux qui pouvaient en avoir besoin s. Au désert des Cellules, l'usage voulait que chacun s'empressât de mettre sa demeure à la disposition des nouveaux arrivants 6. II y avait toujours, dans la plupart des groupes érémitiques, des cellules laissées libres par la mort ou par le départ de leurs habitants ; on les donnait aux postulants qui se présentaient.
Saint Jérôme a décrit la demeure de saint Hilarion en Palestine. Après avoir passé quatre années dans une hutte de branches et de joncs, il se bâtit une cabane qui avait quatre pieds de large et cinq de haut, ce qui l'empêchait de se tenir debout ou de s'étendre de tout son long'''. Celle de saint Julien était juste assez grande pour lui permettre de se coucher; et encore voulut-illa
i. Rufin, Hisi. monach., P, L,, XXI, 406-407.