Théodoret, Religiosa Mstaria, X, P. G., LXXXII
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Les ermites, nous l'avons dit ailleurs, ne s'éloignaient pas trop les uns des autres. Souvent ils réunissaient leurs cellules sur un territoire délimité, où elles formaient un groupe plus ou moins étendu. Les plus célèbres furent ceux de Sçété et de Nit.rie. Ce dernier peut être comparé à une vaste cité monastique, occupée par une population de cinq mille solitaires disséminés dans ce qu'on pourrait nommer cinquante quartiers différents ou monastères. Chacun se composait de cellules de grandeur inégale et plus ou moins distantes les unes des autres. On trouvait sur un point une véritable communauté, ailleurs deux ou trois religieux qui habitaient sous le même toit; souvent ils étaient seuls. Il y avait au centre une grande église, où ils venaient tous participer aux saints mystères les samedis et les dimanches. Une administration commune pouryoyait à leurs besoins. L'unité des esprits et des cœurs suppléait aux inconvénients de la distance.
Nitrie ne formait véritablement qu'un monastère, une seule communauté!. Ceux qui voulaient embrasser une vie érémitique plus rigoureuse allaient au désert des Cellules, où six cents anachorètes pouvaient habiter. Leurs cabanes étaient assez distantes pour qu'il leur fût impossible de se voir et de s'entendre *. Le groupe érémitique de Scété avait quatre églises distinctes. L'une d'elle se trouvait non loin d'un marais, en un lieu où. jaillissaient des sources ^ Quelques cellules étaient fort éloignées du centre. Cassien parle d'un solitaire qui en occupait une séparée de l'église par une distance de dix-huit milles *.n
On recommandait fort aux anachorètes de ces régions de quitter leur cellule le moins possible. Elle était pour eux un sanctuaire et un atelier, où ils priaient et travaillaient en silence. Après les exercices communs, les frères regagnaient leur gîte sans proférer une
1. Pallade, Hist. Uns., VII, P. G., XXXIV, ib22. Rufin, Hist. mon., XXI, P. L., XXI, 443. Sozomène, Hist. eccles., 1. vi, 31, P. G., XLVII, 1387.
2. Rufin, XXII, ibid., 444-445. Sozomène, 1. vi, 31, c. 1387. Cassien, Conlat.', VI, p. 154.
^. y^pophtegmata Patrum, P. G., LXW, 2^0-2^ \. 4. Cassien, Inst., 1. v, p. 1 12.
L'HABl'fATION MONASTIQUE 283
parole. Personne ne pouvait entrer chez un voisin. Si deux moines vivaient ensemble, chacun d'eux prenait son repos sur une natte séparée 1.
Les communautés pakhomiennes de la haute Thébaïde étaient construites sur un même plan. 11 n'y avait pas encore de moines à Tabenne, lorsque le saint fondateur, mû par une inspiration céleste, entreprit de bâtir son monastère. Dès le début, il le voulut grand, malgré les plaintes de son frère Jean, qui n'avait pas une foi aussi vive *. Les moines remplissaient eux-mêmes l'office de maçons et d'architectes. On voyait à leur tête le saint abbé Pakhôme. Ils construisaient les monastères de femmes soumises à leur règle".
Le logement, des hôtes et la demeure des portiers se trouvaient auprès de la porte extérieure. Un l^âtiment assez vaste renfermait la cuisine et le réfectoire. C'est là que demeurait le second économe. Le premier habitait dans un autre édifice, réservé aux malades*. Les frères tenaient leurs assemblées communes dans une ■grande pièce, construite à, cet effet et surmontée d'une terrasse; c'est probablement ce que la Vie copte nomme la congrégation ^.
L'église, qui était spacieuse, suffisait pour contenir tous les religieux. Saint Pakhôme voulut, dans l'un de ses monastères, en bâtir une qui fût digne de sa destination sainte. Elle était soutenue par des colonnes et entourée de portiques qui lui donnaient un aspect très gracieux. Des ouvriers habiles l'avaient ornée avec élégance. Quand ce bel édifice fut terminé, le pieux abbé surprit au fond de son cœur un mouvement de vanité. Pour le réprimer et dans le but de prémunir ses disciples contre pareille tentation, il ordonna de lier les colonnes avec des câbles et de tirer jusqu'à ce qu'on eût réussi à les incliner. 11 n'en fallut pas davantage pour rompre, l'harmonie de la construction et lui enlever toute sa beauté. Le saint, profitant de cette circonstance, recommanda à ses moines de ne jamais élever de beaux monuments ; car cela répugnait à l'esprit de leur vocation 6. L'hôtellerie, le réfectoire, la cuisine, ce qu'on appelerait aujourd'hui la salle capitulaire et l'église for-
1. Isaïe, Orat., l, ^, P. G., XL, 1105-1110. Orat., V, c. 1124.