Ibid
Dieu dans la paix et la solitude^. Saint Paul, le premier ermite connu, se retira dans le désert vers le milieu du Ille siècle. On ne peut le considérer comme étant l'instituteur de ce genre de vie, puisqu'il n'eut aucun disciple 2. Cet honneur revient à saint Antoine. Personne avant lui, au moins parmi les ascètes connus alors, ne s'était senti le courage de s'enfoncer dans les profondeurs du désert pour y pratiquer plus librement. les saintes lois de l'ascèse religieuse. Ils ne s'éloignaient guère de leur village^. Lorsque Antoine voulut affronter une solitude complète, il né put déterminer un vieil ascète à l'accompagner. Celui-ci prétexta son grand âge et surtout le caractère insolite d'une pareille retraite^. La sainteté et les miracles d'Antoine finirent par lui attirer de nombreux disciples. L'un d'entre eux, saint Hilarion, implanta la vie érémitique dans la Palestine, où elle fit de rapides progrès. Pour suivre son développement à travers tout l'Orient, il faudrait faire l'histoire de la propagation du monachisme lui-même, . ce qui ne saurait entrer dans notre plan.
Ces hommes , qui fuyaient au désert , ne se laissaient pas dominer par la crainte des ennuis de la vie commune ou par un sentiment de pusillanimité. Le désir d'une perfection plus haute et d'une contemplation plus élevée les portait à quitter la société dés hommes, pour appliquer, à la faveur du silence et du ealmè exté? rieur, toutes les forces de leur âme à l'étude des choses divines^. « Fais tout ce que tu peux, dit quelque part le solitaire Evagre, pour t' assurer la paix de l'âme et la liberté du cœur. Fuis ton pays natal, fuis les villes. Recherche les endroits solitaires et tranquilles. Ne crains ni leur pauvreté ni les apparitions des démons 6. » Aucun bruit, aucune rencontre, aucune parole inutile, rien n'est capable de jeter le trouble dans l'âme du solitaire. Il peut se livrer tout entier à l'attente du Chrisf^- Le désert, avec son immensité, ouvre devant ses yeux, des horizons^^ séduisants'. Saint Jérôme, qui en a plus q,ue personne savouré les charmes.
1 . s. Grégoire de Nysse, De Virginitate, 6,, P. G., XLVI, 350 ; S. Jérôme, Epist. 22, c. XXXV, P. L., XXII, 421.
2. S. Jérôme, yUa S. Pauli primi eremitce, P. L.,,XX!n', 17-28.