Cassien, Coulai
5. S. Basile, Reg, bre-o. iracl., iiit. 129, P. G., XXXI, 1170.
LE RÉGIME ALTMENTAII^E 299
L'expérience montrait à combien de chutes on s'exposait ainsi ^ Les anciens les racontaient aux jeunes pour les former à la'pratique de la sagesse. On en trouvait qui, après être restés longtemps sans manger, se jetaient sur les aliments avec une gloutonnerie bestiale. Un moine de Scété, se trouvant par hasard en semblable compagnie, ne put s'empêcher de dire : « Mangez avec plus de modération, comme il sied à un moine. » Ce conseil venait à une mauvaise heure, car il provoqua cette réponse : « Laisse-moi tranquille, je meurs dç faim; il y a une semaine que je n'ai mangé 2. »
La vaine gloire était, paraît-il, un cuisinier d'une habileté merveilleuse, capable d'injecte^ dans l'estomac de quoi le calmer lorsque la faim le tourmentait trop. Un ermite qui vivait dans un village se sentait la force de pratiquer des jeûnes extraordinaires. L'abbé Zenon lui demanda de paSsér quelque temps dans la solitude. Mais là ses forces diminuèrent peu à peu et il fyt incapable jeûner aussi longtemps. Il pria son compagnon de lui expliquer ce phénomène qui le surprenait beaucoup. « Dans ton village, lui dit-il , lés compliments qui entraient par tes oreilles te tenaient lieu de nourriture ; retire-toi et mange désormais à la neuvième heure. Si tu fais quelque bonne œuvre, veille à l'arcomplir da,ns le secret 3. »
Ces privations excessives, même quand on avait la force de les endurer, ne servaient pas de grand chose. Pour le prouver, on citait l'exemple d'un ancien qui, durant soixante-dix semaines, n'avait mangé qu'une fois tous les sept jours. 11 rencontra dans la Bible un passage obscur; ses jeûnes devaient, pensait-il, lui en donner l'intelligence. Son attente fiit vaine. A la fm, ne comprenant pas que Dieu restât sourd à sa prière et à ses pénitences, il se dit : « Je me suis donné tant de peine, et je n'aboutis à rien. Eh bien ! j'irai voir un frère et je lui demanderai de m'éclairer. » Un ange du ciel serait venu, dit-on, lui déclarer ceci : «Tes soixante-dix semaines de jeûne ne t'ont point rapproché de Dieu ; mais , au moment où tu as humblement résolu de prendre le chemin de la cellule de ton frère, le Seigneur m'a envoyé te donner le sens des paroles que tu ne comprenais pas^. » 11 serait facile de multiplier
1. S.Jérôme, epist. 130, n. 17, P. L., XXII, 1121. V erh a Senior um, P. L., LXXIII, 912-933.