Verha Seniortim, P. L., LXXXIII
les exemples pour appuyer cette doctrine des Pères du désert sur là discrétion'.
Il y eut cependant parmi eux des hommes qui surent pratiquer des pénitences extraordinaires sans tomber dans les illusions qui viennent d'être signalées. Le désir de plaire à Dieu était le sentiment qui animait toute leur conduite. Leur humilité obtenait du ciel la force de s'imposer des privations dont la nature. humaine n'est guère capable. Mais ils prenaient grand soin de cacher aux yeux de tous, leurs jeûnes et leur abstinence, dans la crainte de perdre la couro:ine éternelle qu'ils attendaient de Dieu seul*. L'austérité, chez eux, respectait les droits de toutes les vertus chrétiennes et religieuses.
L'abbé Palamon, qui fut le maître de saint Pakhôme, ne mangeait habituellement qu'une fois tous les deux jours\ Saint Antoine, qui, au début, prenait journellement son repas, en vint lui aussi à ne manger que tous les deux jours. Une fois cette habitude prise, il mit trois journées d'intervalle entre chacun de ses repas ^.Ge fut aussi la coutume de son disciple saint Hilarion^. L'abbé Pithyrion ne prenait des aliments que. deux fois la semaine s. Syméon Stylite se contentait d'une fois'^, Eusèbe de Télédan d'une fois tous les trois ou quatre jours,, tandis que ses disciples mangeaient d'un jour entre autre s.
On cite des jeûnes plus extraordinaires encore. Saint Grégoire de Nazianze connut des moines qui pouvaient se priver de nourriture pendant vingt jours et vingt nuits 9. Les deux recluses de Berrhé, Marana et Cyra, pour honorer le jeûne de Moïse, passèrent, à trois reprises différentes, quarante jours sans mangei*. Le désir
1. Cassien, Coulât,, t. II, 32-33, 44-45, yù copte de S. Pakhôme, A. D. M. G., XVll, 88-91.