Id., 87, ibid
était de même un peu partout. L'expérience montrait que l'application modérée, mais soutenue, des membres à une besogne quelconque n'empêciiait pas l'esprit de s'occuper sérieusement ; d'autre part, une âme remplie par le souvenir des vérités éternelles savait très bien animer un corps qui se livrait au travail i. Les vies des Pères en fournissent des exemples nombreux.
La prière, entendue dans ce sens large, on dirait de nos jours l'union avec Dieu, passait pour être le but de la vie monastique, le terme où aboutissaient tous les exercices de l'ascèse, et la consommation de toutes les vertus. C'est elle qui leur donnait une base inébranlable et les maintenait dans cette union et cette harmonie qui fait la. sainteté. Cassien l'apprit de l'abbé Isaac*. Cet état avait besoin par moments de se renouveler et de se manifester d'une manière plus intense. Il en était ainsi quand le moine, oublieux de tout ce qui passe, suspendait ses occupations extérieures, pour appliquer toutes ses facultés à la pensée unique de Dieu et des choses de Dieu. Il s'adonnait alors à la prière proprement dite, ou oraison. La vigilance sur ses sens et ses passions maintenait son cœur dans un recueillement habituel, qui lui rendait cet exercice plus facile. Il acquérait encore une grande facilité, en faisant de tous ses travaux une préparation à la prière^.
Cette. prière ne se présentait pas chez tous sous une forme rigoureusement la même. Les âmes ne sauraient, en effet, pour aller à Dieu, s'abstraire de leur complexion propre ni de leur état présent. C'est ce qui faisait l'abbé Isaac dire à Germain qu'il y avait autant de sortes d'oraison qu'il y avait d'âmes et même d'états particuliers, pour chacune d'elles '^ Les cœurs les plus élevés étaient capables, de s'entretenir avec Dieu sans le secours d'aucune formule. Les, mots leur étaient inutiles et parfois gênants. Les autres trouvaient dans la prière vocale un moyen beaucoup plus à leur portée. L'esprit et le cœur suivaient sans trop de peine le sens des paroles; qui sortaient des lèvres^. Les Ecritures leur présentaient une formule autorisée. Ils prenaient de préférence, comme sujets de leurs entretiens avec Dieu, les textes qui répondaient le mieux à leurs
i. Cass]&n, IiisiiitU., 1. II, 29-30.
2. Id.; Coulât., IX, 250-251. Cf. S. Ephrcm, De vera reiiiiiitiatioiie,oy). gr., t. III,.