S. Nil, 1. III, ep. 125, P. G., LXXIX
bigarrure que dans les observances monastiques. En certains endroits, cette variété allait même si loin que Cassien ne craignait pas d'affirmer qu'il y avait autant d'usages différents que de monastères ou de cellules d'ermites ^ Ce n'était pas cependant une règle générale. Car ailleurs, Cassien lui-même le dit, un même usage réunissait un ou plusieurs groupes monastiques.
11 serait impossible de reconstituer la liturgie telle qu'elle fut pratiquée dans tant et tant de monastères. Force est donc de se borner aux quelques renseignements parvenus jusqu'à nous. On ne peut pas toujours distinguer cette prière officielle de l'oraison que les individus faisaient en leur particulier. Par l'une coiTime par l'autre, le moine s'acquittait envers son Créateur d'une dette sacrée. Les Psaumes et les Ecritures lui fournissaient dans les deux cas une formule et un aliment intérieur. Le moine, avant de se rendre à l'office, devait prier dans sa cellule; il priait encore, méditait ou chantait les psaumes en revenant chez lui. Les heures fixées pour la prière officielle ne le dispensaient pas du devoir de prier sans interruption, que lui intimait l'Apôtre. Elles avaient pour but d'entretenir et de développer dans son âme l'esprit d'oraison, qui devait remplir sa vie tout entière. Saint Jérôme récrit à la vierge Eustochium *. D'après un sermon ascétique, faussement attribué à saint Basile, il était nécessaire de séparer par des intervalles les moments consacrés au chant des psaumes, si l'on voulait faire de ses journées une oraison ininterrompue ^. L'homme est, en effet, beaucoup trop faible pour s'appliquer longtemps à un même exercice. D'autre part, quand il a donné une heure ou deux, voire même trois, à ses occupations ordinaires, il sent diminuer sa ferveur d'esprit; il a besoin de la renouveler par la prière. C'est par ce moyen qu'il peut se maintenir en haleine et ne jamais prêter le flanc aux attaques du démon '^.
Quelques solitaires crurent pouvoir se passer de ces intervalles et psalmodier ou célébrer l'office presque sans interruption. Albianos, moine de Nitrie, dont la vie a été écrite par saint Nil, consacrait à cet exercice la plus grande partie de ses nuits et de ses jours ^. Dans sa jeunesse, l'abbé Isidore de Scété restreignait son.