Apophtegmaia Patrum, P. G., LXV
question i. Les moines de Scété S€ ménagèrent une retraite semblable sur la montagne de Pherme.
Postumianus, l'ami de Sulpice Sévère, visita dans la haute Thébaïde un monastère, qui- était le centre autour duquel rayonnaient un certain nombre de cellules d'ermites." L'abbé les allait voir de temps à autre et il leur fournissait les choses nécessaires à la vie 2.
Les nombreux anachorètes de la Palestine n'étaient pas complètement livrés à eux-mêmes, au temps de saint Hilarion, leur père et leur maître. Ceux du Sinaï, séparés les uns des autres par une distance qui parfois dépassait vingt stades, se visitaient quand ils le jugeaient opportun^. Sans cela, la charité aurait fini par disparaître de leurs âmes. Une solitude trop prolongée rend l'homme sauvage, en lui faisant oublier les notions les plus élémentaires de la civilité. 'C'est saint Nil qui fait cette remarque^.
Malgré les sages précautions dont on l'entourait, la vie érémétique restait en règle générale exposée à de graves inconvénients. Aussi ne convenait-elle qu'aux hommes fortement trempés. Une foule d'esprits légers se .laissaient néanmoins séduire par les charmes de la solitude. Les misanthropes et les caractères difficiles croyaient par ce moyen trouver la paix, en échappant aux ennuis du commerce avec leurs semblables. Illusion dangereuse, que l'expérience venait dissiper un jour ou l'autre, 11 ne suffisait pas, en effet, de fuir la société pour devenir un véritable anachorète. « Un homme peut rester un siècle dans une cellule, disait à cette occasion l'abbé Ammonas, et ignorer complètement dans quel esprit il faut s'y tenir s. » Non, ce n'était pas en se cachant que l'ermite parvenait à échapper au danger d'offenser Dieu, car la tentation est dans son cœur plus que dans les lieux où il habite ; elle le suit partout où il dirige ses pas 6. Laissons saint Jérôme raconter lui-même les assauts que livraient
1. Sozomène, Hisioria eccles., VI, 31, P. G., LXVIl, i387;Rufin, Mist.monacb., P. L., XXI, 444-445 ) Pallade, Hist. laus., P. G., X'XXIV, 1022, 1295.
2. Sulpice Sévère, Dm/, i, p. 162-263^ Schnoudi avait des anachorètes autour de son monastère. Ladeuze, Etude sur le cênobitisme pakhomien, 212-213.
3. S. Nil, Narratio, III; P. G., LXXIX, 613, 619-622; Nar., IV, col. 627 ; Nar., 651-664.