Cassien, Conlat., XVIII, 16, p. 526 et s
à son cœur les passions au fond du désert de Chalcis : « Combien de fois, dans cette solitude, brûlée par les feux du soleil et qui fournit aux moines un asile affreux, ne me voyais-je pas au milieu des plaisirs que Rome offre à ses habitants!... Moi qui, par crainte de l'enfer, m'étais enfermé dans cette prison, sans autre compagnie que celle des scorpions et des fauves, j'assistais souvent en esprit aux danses lascives. Mon visage était décoloré par le jeûne, et dans mon corps je sentais bouillonner des désirs impurs ; les feux de la luxure brûlaient une chair à moitié morte. Alors, privé de tout secours, je me jetais aux pieds de Jésus, je les arrosais de mes larmes, que j'essuyais avec mes cheveux ; j'essayais de dominer les révoltes de ma chair, en la privant de nourriture pendant une semaine entière... Je me. souviens de mes cris, des nuits passées sans sommeil, des coups dont je frappais ma poitrine jusqu'à ce que mon cœur eût retrouvé la paix^. »
On racontait l'aventure d'un pauvre moine qui s'était figuré pouvoir vaincre aisément les violences de son caractère dans une solitude où il n'aurait personne avec qui se disputer. Il occupait depuis quelque temps une grotte dans le désert, quand un jour sa cruche pleine d'eau tomba par hasard et répandit à terre son contenu. Il la remplit de nouveau; mais ce fut pour la voir tomber. Elle se versa encore, lorsqu'il l'eut remplie pour la troisième fois. C'en fut assez pour le mettre hors de lui. Dans sa colère, il saisit sa cruche et la brisa. Le calme revint bientôt et, après quelques instants de réflexion sur ce qui lui était arrivé, il se dit à lui-même : « Me voilà seul ici, et pourtant je me suis laissé vaincre par la colère. Je retournerai donc à mon monastère ; car partout il faut lutter, partout on a besoin de la vertu de patience et du secours divine »
Aussi Cassien, saint Nil et la grande majorité des Pères conseillaient-ils de n'embrasser la vie érémétique qu'après avoir diminué l'empire de ses passions par de fréquentes victoires remportées sur soi-même s. Ce qui faisait dire à un ancien :